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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Les goguettes (en trio mais à quatre)

(c) Photo Chantal Faucher. (Pour ne pas spoiler la fin du spectacle, vous n'aurez pas droit à la traditionnelle photo du salut final...)

(c) Photo Chantal Faucher. (Pour ne pas spoiler la fin du spectacle, vous n'aurez pas droit à la traditionnelle photo du salut final...)

Une goguette, dites-vous ?
Mais qu'est-ce donc qu'une goguette ?


Une goguette, c'est une parodie de chanson célèbre, qui brocarde l'actualité en général, et l'actualité politique en particulier.
Il s'agit-là d'une vraie tradition française, un genre musical à part entière.


Ce concept-là, les quatre membres du groupe « les goguettes en trio mais à quatre » l'ont bien intégré.


Pendant une heure et demie, Clémence Monnier aux pianos et au chant, Aurélien Merle, Valentin Vander et Stan, voix et divers instruments (guitare, basse, mélodica, claves, maracas, tambourein, etc, etc), ces quatre-là mis en scène par Yéshé Henneguelle nous proposent des petits bijoux d'humour parfois féroce, de drôlerie et de finesse.


Leur cible privilégiée : les candidats à la prochaine élection présidentielle.


Vous appréhendez le concept de rire aux éclats : et bien, c'est encore au-delà.
Ici, ce qui prime, dans ce tir aux pigeons, c'est l'intelligence.
Les parodies sont de petits-chefs d'oeuvre d'intelligence, je me répète, et d'acuité politique.


Je défie quiconque de rester de marbre en écoutant « La béarnaise », parodie de « La javanaise », « On n'a rien vu v'nir » pour « Je l'aime à mourir », « Je suis de droite, complètement de droite », « Bygmalion », « Merci Macron », j'en passe et des meilleures.


C'est vachard, c'est piquant, c'est acéré, mais c'est spirituel et surtout drôle. Alors tout passe.


Bien entendu, le fond est là (l'indéniable qualité des textes), mais la forme est à l'avenant.
La forme, ici, c'est évidemment la grande qualité musicale du spectacle.


En la matière, c'est Clémence Monnier qui pilote la barque musicale.
Dans un passage autobiographique en solo, elle nous dévoile son passé de musicienne classique et de claveciniste.
Et ça se voit. Et ça s'entend.

Son toucher au piano est remarquable, précis, léger, ses arrangements et ses harmonisations sont de grande qualité.


Mais il y a un autre aspect qui m'a beaucoup intéressé.
Ces goguettiers (pour reprendre le terme utilisé au XIXème siècle) font appel à l'intelligence du public.
Ils font confiance aux spectateurs pour décoder le second degré.


Un exemple : la parodie consacrée au burkini sur la plage.
Grâce à une imitation irrésistible d'un personnage (que je ne vous dévoilerai pas), le texte chanté déclenche des rires (alors qu'il pourrait être pris au pied de la lettre...), tout en dénonçant les outrances racistes et islamophobes de certains de nos concitoyens. (Suivez mon regard pourtant pas borgne…)


Pour terminer, je vous livre mon moment peut-être préféré : le titre « Mais maintenant que Chirac s'use », parodie de la sublime chanson de Bernard Dimey « Syracuse ».

Sans avoir l'air d'y toucher, avec une vraie conscience politique et une réelle acuité, le thème évoqué permet d'analyser en profondeur la relation paradoxale que nous entretenons, nous autres Français, avec la politique.
Un moment remarquable.


Mardi soir dernier, le Trévise était plein à craquer.
Par les temps qui courent, les spectacles alliant une grande qualité littéraire, musicale, une réelle et irrésistible drôlerie, ainsi qu'une une vraie conscience politique sont assez rares.


Pendant que j'y suis, je militerais bien pour que ces « Goguettes en trio, mais à quatre » passent systématiquement chaque année à Science-Po et dans chaque école de journalisme.
 

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Je n'ai pu résister, à la sortie du spectacle, à l'envie de poser à ce trio mais à cinq (vous entendrez pourquoi...) quelques questions à mon micro.
Ce sera pour les prochains jours.

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