Noces de sang

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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Andalousie. Années 30.


Le soleil, la chape de plomb.


Le poids de la tradition, le poids de la religion.
La famille. L'honneur.
Tous ces concepts qui priment tout.


Le Novio, le fiancé, et sa mère, veuve d'un mari et d'un enfant tombés sous les coups d'une famille rivale, ces deux-là discutent âprement.
Lui est ravi : sa Novia, sa fiancée est belle et riche. Le mariage est proche.
Le mère, elle, voit d'un mauvais œil cette union : sa future belle-fille va lui prendre son fils et la laisser seule à la maison.


Tout est prêt pour que le drame éclate.


Le matin du mariage, la promise s'enfuit à cheval avec Leonardo. C'est lui qu'elle aime.
S'ensuit une longue traque.
Le faca-à-face sera inévitable.


La jeune compagnie La grue blanche a choisi de monter cette tragédie du grand écrivain andalou qu'est Fédérico Garcia-Lorca.
Et ce, avec une volonté affirmée d'axer la pièce sur ce mélange de lyrisme et de fantastique propre à l'écrivain.


Ce parti-pris sied comme un gant à Garcia-Lorca qui connaissait et appréciait les poètes surréalistes de son époque.
Pour ce faire, les quatre comédiens et le metteur en scène ont choisi de mélanger les genres.
Le texte prime, bien entendu, mais on assiste également à un jeu de masques, des moments chantés, des moments musicaux à la clarinette et au violon, et du tango.


Oui, du tango.
Si Garcia-Lorca a puisé la plus grande partie de son inspiration dans la tradition folklorique du flamenco, c'est le tango qu'ont choisi les comédiens pour matérialiser la violence, la tragédie et surtout l'affrontement des deux rivaux.


Pourquoi pas.
Il faut oser, au théâtre, et l'on sent cette volonté de la part de la compagnie de tenter des choses, de se risquer sur des chemins ardus.


Hélène Hardouin, dans le rôle de la mère, illumine la pièce !
Et ce d'une lumière noire, la lumière du drame.


En petite veste sombre évoquant les dentelles d'une mantille, en jupe vaporeuse gris foncé, elle est bouleversante.


Sa rage, ses cris, sa colère et son désespoir sont impressionnants.
Elle est cette figure archétypale, elle incarne véritablement ce personnage de tragédie.
Elle nous assène cette fureur, cette violence, cette rancoeur trop longtemps enfouie.


Hélène Hardouin réussit brillamment, tout comme Cécile Brune, l'an passé à la Comédie française, dans le rôle de Bernarda Alba, à matérialiser pleinement et faire vivre et vibrer sur scène le personnage central de la dramaturgie de Garcia-Lorca : la Mère !

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