Moi et François Mitterrand

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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Mytho !
Hervé Laugier est un mytho !


Un irrésistible et gentil mytho, mais un mytho tout de même !


Sa mythomanie à lui, à ce personnage haut en couleurs et très en verve, est avant tout épistolaire.
Seulement voilà...
M. Laugier n'écrit pas à n'importe qui !

 

Il n'écrit qu'à du beau linge, en l'occurrence, et pour commencer, à un certain François Mitterrand, ci-devant Président de la République française.


Sa première correspondance date de 1983.
Suite à une rupture difficile avec Madeleine, Hervé va envoyer du Bassin d'Arcachon une carte postale à l'Elysée, révélant au Président qu'il vient de manger d'excellentes huîtres, quoiqu'un peu laiteuses.


La réponse ne tarde pas à arriver : une lettre aussi présidentielle que passe-partout et administrative...
Une réponse qui précise que « ses remarques seront prises en compte »...


Et c'est le début d'une correspondance à sens unique, puisqu'à chaque fois, la même et identique réponse revient.
(Et je n'en dirai pas plus...)


C'est Olivier Broche qui interprète de brillante manière ce personnage atypique.
Le comédien, de sa voix légèrement zézayante, de son physique assez « podalydesque », incarne avec un vrai brio et une vraie maestria un rôle pas si évident que cela...
Il est drôlissime, disant avec jubilation un texte qui l'est tout autant.


La grande force de la pièce est de raconter par le biais de ce mythomane (le syndrome est très précisément analysé et recréé sur le plateau) les trente-cinq dernières années politiques, par le biais des « règnes » de nos quatre derniers Présidents.


Les différentes premières dames de France auront elles aussi un rôle très important, et seront prétexte à bien des rires. (Mais là aussi... Chut....)


La mise en scène et la scénographie de Hervé Guillard sont très drôles elles aussi.
C'est un grand rideau qui, en étant progressivement tiré, révèlera les heureux (?) élus...
Ce sera matière à des trouvailles scénographiques et dramaturgiques très fines et très humoristiques.


Olivier Broche dispose également d'un accessoire rarement utilisé sur un plateau de théâtre : un rétro-projecteur.


Grâce à ce matériel, seront matérialisées sur un écran les différentes missives, prétexte à une analyse littéraire et linguistique pour le personnage, tout à son délire.
Il faut noter dans ce domaine une autre trouvaille intéressante :  les mêmes courriers présidentiels, les mêmes phrases fourniront matière à un décryptage totalement différents, et variant suivant l'humeur de ce mythomane de M. Laugier.
C'est très bien vu !

Voici donc un seul en scène désopilant, qui tire quantité de rires et fou-rires aux spectateurs du théâtre de la Pépinière.

Un vrai rire intelligent que l'on doit à un texte, une mise en scène et une interprétation qui le sont tout autant.

Moi et François Mitterrand

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