Moi, Caravage

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

La lumière baisse et le noir tombe finalement sur la salle.
A jardin, une ombre engoncée dans un grand manteau à capuche entre sur scène, avec pour seul projecteur une bougie à la main.
D'une voix féminine cette ombre chante un air mélancolique. (C'est Monteverdi qu'elle interprète.)


Soudain, il apparaît. Il surgit de l'obscurité au devant de scène. L'effet est saisissant.
Il est en pantalon court et large chemise ouverte, les yeux écarquillés et les cheveux en bataille.


C'est lui. Michelangelo Merisi en personne, alias Le Caravage.


Il nous parle.
Le Caravage décédé nous parle. Il va en effet nous raconter les grandes étapes de sa vie à la fois intense, tumultueuse et passionnante.


L'enfance, l'adolescence, les années d'apprentissage, les premiers chef-d'oeuvre, mais aussi les ennuis (beaucoup...) en tous genres.


Cesare Capitani a adapté pour la scène le livre de Dominique Fernandez « La course à l'abîme ».
Il a très habilement transposé ce roman pour en faire une vraie aventure dramaturgique et scénographique.

 

C'était une sacrée gageure !
La peinture étant par définition un art plastique « statique », comment parler de peinture au théâtre ?
Pour ce faire, Cesare Capitani n'est pas seul.
En alternance Manon Leroy et/ou Laëtitia Favart lui donnent la réplique.


Toutes deux incarnent une multitude de personnages : la boulangère qui va dépuceler le jeune Michelangelo (quelle carte de visite posthume...), ses amants (quelques filles, beaucoup de garçons), ses modèles aussi...


Et l'on ne va pas tarder à comprendre, subtilement, en douceur, sans avoir l'air d'y toucher, que les deux comédiens vont nous donner à voir les poses des modèles qui représenteront les tableaux les plus célèbres du génial artiste.
Il est troublant de voir s'animer la tête de la méduse, David, Goliath, un archange, un tricheur, j'en passe et non des moindres...


Ceci est bien évidemment pour le public l'occasion d'exercer son imagination, en retrouvant les tableaux ou bien en élaborant mentalement ses propres créations.


Une autre importante dimension de ce spectacle est la très belle scénographie.
Ici, elle est pratiquement réduite à sa plus simple expression.
Trois cubes noirs en bois, accueillant au dos des photophores.
Des bougies qui projettent une faible et douce lumière.


Car ne nous y trompons pas : le décor, c'est la lumière !
Qu'elle vienne de côté pour créer des clairs-obscurs saisissants ou du lointain, pour donner lieu à des contre-jours évocateurs, cette lumière est le décor, et peut-être même le troisième personnage de la pièce.
C'est beau. C'est visuellement très beau.
Un grand coup de chapeau au créateur-lumières !


Cesare Capitani est le Caravage, donc. Il incarne parfaitement et fougueusement cet artiste au caractère rebelle et provocateur.
Nous suivons sans en perdre le moindre fil les mésaventures du peintre et son processus créatif et pictural.


On sent bien que le comédien est passionné par son sujet et qu'il est vraiment partie-prenante du spectacle.

Et qu'on ne vienne pas parler de lassitude : il a joué ce « Moi, Caravage », plus de quatre cent cinquante fois...


Il faut mentionner évidemment Nita Klein, à la direction d'acteurs.

Elle a su éviter tout côté statique qui aurait été très préjudiciable au portrait de ce peintre.


Un peintre, qui par la magie de la scène et le talent de Cesare Capitani est devenu un personnage de théâtre.

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A l'issue de la représentation, j'ai interviewé Cesare Capitani et Manon Leroy.
Ce sera pour les jours qui suivent...

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http://www.lucernaire.fr/theatre/1049-moi-caravage.html

Moi, Caravage

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