Le bruiteur

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. - Judith Guittier - Christine Montalbetti - Pierre Louis-Calixte -

(c) Photo Y.P. - Judith Guittier - Christine Montalbetti - Pierre Louis-Calixte -

Voici donc le deuxième festival Singulis qui démarre à la Comédie Française.
Inauguré la saison dernière, ce festival permet à quatre comédiens, chacun leur tour, de nous proposer un monologue.
Un seul en scène, comme on dit de nos jours.

C'est Pierre Louis-Calixte qui ouvre le feu cette année, avec « Le bruiteur », un texte que l'on doit à Christine Montalbetti.

L'argument est (en apparence seulement) très simple.
Un bruiteur va mettre en son un texte qu'il va découvrir en même temps que nous, en feuilletant les pages de son livret.
C'est une histoire de père-fils, une histoire d'enfant qui fugue que le personnage va devoir illustrer d'un point de vue sonore.

Disons-le tout de suite, Pierre Louis-Calixte est très drôle.
Il incarne un de ces techniciens vieux briscards qu'on peut encore croiser (mais de moins en moins) à Radio France.
L'un de ces technos à qui il ne faut pas la faire, avec un savoir-faire, un métier et un talents extraordinaires.

En réalité ce bruiteur est un poète du quotidien, un poète des objets, ces objets qui lui servent à reproduire les sons naturels.

Quoi de plus beau et de plus poétique en effet que de récréer l'océan déchaîné avec simplement une simple bassine en matière plastique bleue remplie d'eau ?
Avec le métier, le talent, avec un excellent micro et un bon ingé-son, vous obtenez un océan plus vrai que nature.

C'est ce que va nous démontrer dans un premier temps le personnage.

Il est dans son « studio-grotte », au milieu d'un véritable fourbi.
Le mythe de la caverne n'est pas loin. Les bruits que nous entendons ne sont pas naturels, et pourtant, ils sonnent de façon plus réelle que le réel.
(Comme le confiait le comédien lors de la rencontre post-spectacle, pour avoir un vrai son de sécateur, rient ne vaut de frotter rapidement l'une contre l'autre deux cuillères à café.)

Mais ce bruiteur ne va pas faire que bruiter.

Il va nous faire vivre l'histoire plutôt tragique qu'il est chargé d'illustrer.
La fuite d'un enfant, la fugue d'un fils.

Ici, c'est le son qui va solliciter notre imaginaire.
Et l'on touche-là bien entendu à tout mécanisme de création.

Création sonore en particulier, mais création artistique en général.
A partir de peu, mais avec beaucoup d'imagination, des chefs-d'oeuvre naissent.
De ce point de vue là, le bruiteur rejoint l'auteur, le compositeur, l'auteur, le cinéaste, le dramaturge...

Mais ce n'est pas encore tout.
Cet homme ne va pouvoir s'empêcher de mêler à l'histoire du livret son histoire personnelle, ses souvenirs.

L'écriture de Christine Montalbetti procède à cet égard de la même mécanique  qu'une fugue de J. S. Bach. (Tiens, encore une fugue...)
Les thèmes s'entremêlent, se chevauchent, vont, viennent, se croisent, se décroisent.
Ces histoires entremêlées vont générer beaucoup d'émotion. Nous ne ferons pas que rire, au cours de ce spectacle.
L'émotion sera d'ailleurs bien souvent palpable sur le visage du comédien.

Voici donc un spectacle très original que l'on doit évidemment à l'auteure et au comédien, mais également à Judith Guittier, bruiteuse professionnelle et Jean-Louis Pilon, ingénieur du son.
Tous les deux ont apporté à  ce seul en scène leur expertise et leur talent.

Quelque chose me dit qu'au sortir de ce spectacle, vous ne regarderez plus de la même façon votre botte de poireaux ou votre branche de céleri.
Non seulement vous les regarderez, mais vous les entendrez.

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http://www.comedie-francaise.fr/spectacle-comedie-francaise.php?spid=1542&id=595

Le bruiteur
(c) Photo Y. P.

(c) Photo Y. P.

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