L'envers du music-hall

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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Une leçon.
Danièle Lebrun nous a donné une leçon.


Une leçon de théâtre, bien sûr !


Avec son adaptation de cet Envers du Music-hall, écrit par Colette, l'immense comédienne qu'elle est a purement et simplement subjugué (le verbe n'est pas encore assez fort) tout le Studio-Théâtre.
Véritablement subjugué !


Dès son apparition côté cour, elle envoûte le public.


Aucun décor. Quelques chaises blanches, un escabeau de bibliothèque.

Et c'est tout.

(On reconnaît la volonté et le parti-pris minimalistes de Marcel Bluwal, le mari-collaborateur artistique...)


Un très bel ensemble début XXème siècle veste/jupe longue couleur brique, chemisier blanc avec un col-Claudine (forcément...), une petite cravate noire, un canotier de la même couleur, sublimes bottines assorties, elle est splendide.


Et Melle Lebrun commence à parler, de sa voix reconnaissable entre toutes.


Durant une heure et trente minutes, elle va interpréter cette galerie de personnages que Colette à connus, lors des différentes tournées de music-hall.

(Colette a en effet sillonné la France, on l'oublie souvent, dans une carrière de mime, montrant parfois, ô scandale pour l'époque, un sein nu.)


La comédienne incarne, durant une heure trente, en une quinzaine de tableaux, ces compagnons de tournée de la future auteure du « Blé en herbe » et de la série des Claudine.


Elle fait d'ailleurs plus que les incarner : elle est ces « abeilles pauvres et sans butin », cette jeune première, cette femme aux haltères, cette directrice de troupe, ce régisseur, ce Gonzalez tout timide et en permanence fauché, j'en passe et des meilleures...

 

Elle EST ces artistes ambulants en tournée !
Elle en tire le portrait parfois tendre, touchant, parfois caustique, parfois vachard, elle les raconte, elle les vit.


Sa façon de dire ce texte, sa manière de dérouler les mots, ses intonations, sa diction parfaite, sont autant de démonstrations du métier et de l'art du comédien.
Durant cette heure et trente minutes, j'avais devant moi ces hôtels plus ou moins miteux, ces artistes de music-hall brinquebalés par la vie.

Je vivais pleinement ces situations de jalousies, de petites mesquineries, de petits bonheurs, de grandes tristesses, de joies et de déceptions vécues par les différents personnages.

Et pourtant, bien entendu, Danièle Lebrun était seule sur scène.

Tous les apprentis-comédiens, tous les étudiants dans les conservatoires et écoles supérieures de théâtre devraient venir voir ce Singulis, et écouter ces mots magnifiés de Colette.


Et se dire en sortant du Studio-théâtre « Voilà, je veux devenir Danièle Lebrun ! »

Une leçon, vous dis-je !

Publié dans Critique

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