Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

De la cour au jardin

Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Fantasio

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Les musiciens du Philarmonique de Radio-France se sont accordés.
Son chef, Laurent Campellone, salue .
Noir. Ouverture de l'opéra-comique.

Le rideau finit par se lever.
 

Immédiatement une vraie puissance visuelle vous saute aux yeux. Immédiatement, vous savez où vous êtes.
Vous êtes chez Thomas Jolly !

 

Un escalier central, des plateaux surélevés avec des structures métalliques de chaque côté, des plateaux roulants, de très fins pinceaux de lumière blanche, et puis surtout la police de caractère des mots « Guerre » puis « Paix » qui seront placardés en rythme avec la musique.
 

Richard III va-t-il entrer en trombe ?
Non, évidemment ! Ce sont les bourgeois munichois qui apparaissent et exposent la situation de départ.
Le roi veut marier sa fille au prince de Mantoue, pour sceller la paix qui règne désormais entre les deux royaumes.

 

Fantasio, lui, s'ennuie. Il voudrait faire autre chose.
Il apprend la mort du bouffon royal, et va prendre sa place.
C'est de lui dont dépendra le sort de la princesse et du Royaume !

 

Ainsi donc, Thomas Jolly a exhumé cet opéra-comique créé en 1872, conspué à l'époque, et qui n'avait plus été rejoué depuis.
 

Ce qu'il nous propose est purement et simplement féérique !
Certes, c'est une (très) grosse production, mais l'on retrouve l'inventivité, la causticité, l'espièglerie, le caractère « rentre-dedans » et « on se lâche on y va » de ce jeune metteur en scène surdoué, âgé d
e trente-cinq ans.
 

On ne peut oublier après les avoir vus certains tableaux d'une grande beauté artistique et visuelle.
Je pense notamment à la scène du voile de la triste mariée, cet immense voile qui se transforme toile d'araignée.
C'est tout simplement beau. A couper le souffle.

Ce qu'il nous fait voir est fin, délicat, spirituel, mais également puissant, féroce, cohérent.
Et drôle.

Drôles ces moments « jollyesques » : une arrivée de petites tulipes bleues toutes vibrantes sur le plateau, des accents allemands à couper au couteau pendant certaines parties parlées, une citation « mozartienne », une simple couverture qui tombe pendant une scène de poursuite, avec une flèche indiquant une fausse direction...
Qu'est-ce que j'ai ri !

 

Thomas Jolly a vraiment su instaurer un esprit de troupe sur le plateau. Ca se voit, ça se sent.
Sur le plateau, ils s'amusent beaucoup, tous ces artistes. Mais pas que, bien évidemment !

 

La soprano Marie-Eve Munger est une Princesse Elsbeth re-mar-qua-ble. Sa scène des cheveux est une réelle réussite lyrique. Une voix chaude, ronde, intense, qui monte, qui monte...

 

Coup de chapeau également au baryton Jean-Sébastien Bou, en Prince de Mantoue souvent dépassé par les événements. Un vrai coffre, une vraie puissance vocale, une vraie présence physique. Chapeau !
 

Loïc Félix, qui incarne son bras droit, le colonel Marinoni, est également irréprochable. Lui aussi est très drôle, en habit rose sur un caleçon à pois verts, avec une démarche parfois hilarante.
 

Ce qui est très frappant c'est que tous ces chanteurs, grâce à Thomas Jolly, sont également de vrais comédiens, dans la veine de ceux de la Piccola Familia, sa compagnie.
 

Tout ceci est joyeux, dynamique, enlevé, spirituel.
Un vrai vent de folie communicative court souvent sur le plateau.
Une folie totalement maîtrisée par le metteur en scène.

 

Thomas Jolly a brillamment réussi à donner une seconde vie au chef-d'oeuvre de Jacques Offenbach.
Hier la folie, la joie, le bonheur et le plaisir régnaient en maîtres au Châtelet.
------


Juste avant la représentation, j'ai eu la possibilité de chanter quelques airs de Fantasio, grâce à un atelier prévu à cet effet, quarante-cinq minutes avant le spectacle.
 

Cet atelier est placé sous la direction de l'excellente, vive et drôlissime Jeanne Dambreville, chef de choeur à la Cité de la Musique.
 

En une demi-heure, elle réussit à faire chanter même à de complets novices, et ce avec une vraie justesse, de l'Offenbach !
C'est remarquable de pédagogie.

 

Je vous conseille vraiment. Incontournable !

-----

Tout comme je vous conseille l'interview à suivre que m'a accordé Thomas Jolly dans sa loge à l'issue de la représentation.
Ce type est décidément un grand. Un très grand.

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article