Etre ou paraître

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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Quand le corps danse les mots...
Quand le corps sert d'écrin et magnifie la poésie d'Aragon et de Shakespeare...

Marie-Claude Pietragalla a mis en scène et chorégraphié ce spectacle « Etre ou Paraître ».

Un spectacle intense, envoûtant, dans lequel Julien Derouault danse, bien entendu, mais pas que.
Tout en dansant, avec une magnifique voix grave et une parfaite diction, il va nous dire les mots, les vers, les textes des deux poètes.
Ces mots, il les sublime, il les met en espace, il les hurle, parfois.

C'est évidemment un sacré tour de force.
Un tour de force physique, bien entendu, il ne faut pas passer sous silence cette performance corporelle, mais c'est surtout un vrai tour de force artistique.

J'ai vraiment eu l'impression que les mots dansaient, virevoltaient, tourbillonnaient sur le plateau du Studio Hébertot.
Et surtout cette impression que les mots s'incarnaient par le biais de ce corps tout en muscles, un corps ressemblant parfois à un corps écorché.

Julien Derouault entre en scène à jardin, attaché à une grosse corde dans le dos.
Il se dirige vers un fauteuil sur lequel trône une couronne.
Au moment où il va se saisir de cet attribut du pouvoir et du paraître, il va se rendre compte (et nous avec) que la corde est trop courte.

Ce sera une métaphore du spectacle : comment se libérer de ses chaînes pour être et non plus seulement paraître ?
Et même (voire surtout) si l'on est poète et/ou fou.

Vont s'enchaîner des tableaux saisissants, d'une incroyable beauté visuelle, de grâce, mais aussi d'énergie, de tension et de puissance.

 

Et puis ce rapport étroit avec la folie.

La danse et les mots incarnent souvent cette folie inhérente à la création poétique. Nous voyons se déchaîner un véritable déferlement corporel de folie, de démesure. C'est magnifique.


Mais on perçoit également la souffrance.
Julien Derouault exige énormément de son corps, il le tend, le tord, l'étire...


Il le martyrise presque, ce corps-là. Combien de chutes totalement maîtrisées, combien de positions hallucinantes viennent émailler ce spectacle...
D'ailleurs, après un moment particulièrement exigeant du point de vue physique, le danseur envoie une « pique » très drôle à La Pietra, présente dans la salle : « Mais qui a donc fait cette chorégraphie ? »


Car, oui, on rit également beaucoup.
La chorégraphie du robot est irrésistible.
Les expressions physiques et les mimiques à la Albert Dupontel sont drôlissimes.


Spectacle graphique également : une craie à la main, l'artiste va tracer des lignes et des formes rageuses, que viendra effacer en partie la sueur de son dos lorsqu'il se frottera sur le mur/tableau.
Mais comme c'est beau !


Sans oublier un étonnant numéro de claquettes et de danse avec une canne comme accessoire...

 

Il faut également saluer Yannaël Quenel au piano Yamaha CB5 et aux machines électroniques qui signe en direct-live la bande-son du spectacle. Une vraie osmose, ces deux-là...


On l'aura compris, Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault nous offrent eux aussi un spectacle dans lequel les frontières artistiques explosent, dans lequel les deux se jouent des étiquettes et des convenances.


C'est un spectacle rare, hallucinant, porté par un danseur/acteur véritablement hors-normes.


Un spectacle total.

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Juste après cette heure et quart d'intense émotion, La Pietragalla et Julien Derouault ont bien voulu répondre avec vraie passion à mes questions.

Ce sera pour les jours qui suivent...

Etre ou paraître

Publié dans Critique

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Theatre du Corps 04/05/2017 11:42

Bonjour,
Le spectacle Etre ou Paraître du Théâtre du Corps Pietragalla Derouault revient au studio Hébertot à partir du 17 septembre 2017 les lundis à 19h30 et dimanches à 20h00.
La billetterie est déjà ouverte, si vous souhaitez partager à nouveau cet événement n'hésitez pas.
En espérant vous compter parmi nous pour cette rentrée théâtrale-musicale et dansante.

Bien à vous,
l'équipe du Théâtre du Corps.