Entretiens d'embauche et autres demandes excessives

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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C'est l'histoire d'une femme qui a demandé toute sa vie.

Demandé du travail.

 

Parce que dans nos sociétés malades, non seulement il faut travailler (comme disait l'autre, ce n'est pas si bon que ça, travailler... La preuve, ça fatigue...), mais bien souvent, il faut le demander, le quémander, l'implorer, ce travail.

 

Et qui dit « demander » dit à l'autre bout de la chaîne « donner » du travail...

 

Celui qui donne ce travail, celui qui le distille à petites gouttes dans la perfusion sociale afin de maintenir le malade dans un état de suffisante dépendance, celui qui va le brandir comme un su-sucre devant le nez du chien pour qu'il fasse le beau, c'est le recruteur, le chasseur de têtes, le DRH !

 

Entre ces deux-là, le demandeur (ici en l'occurence une demandeuse) et le pourvoyeur, le dealer, il y a la représentante du pôle le plus important après ceux du Nord et du Sud : le pôle emploi !

 

Voici plantés en quelques traits les personnages principaux de ce seul en scène, de cette satire grinçante.

 

C'est Laurence Fabre qui interprète cette femme qui non seulement cherche du boulot, mais qui chercher surtout à être respectée, aimée, désirée : en un mot comme en cent, qui cherche à exister.

 

Anne Bourgeois, a non seulement mis en scène ce texte, mais elle l'a écrit !

Un texte concernant un sujet qui lui tient à cœur.

C'est évident.

On ne se lance pas dans une telle entreprise sans être vraiment interpellée par le sujet !

 

Elle a découpé ce spectacle en plusieurs tableaux, le premier se déroulant... à l'école.

La comédienne apparaît en écolière qui va passer son premier entretien d'embauche en répondant à la fatidique question « Qu'est-ce que tu veux faire plus tard ? »

 

Puis s'enchaînent des situations tragi-comiques.

A chaque fois, le chasseur de tête est interprétée par une voix off.

Une voix pas du tout anonyme, puisqu'il s'agit de celle de Fabrice Drouelle.

 

Oui, l'on rit. Evidemment on rit.

Mais c'est un rire qui dissimule souvent notre gêne et notre malaise.

 

Car ces situations, on les a tous connues.

On a tous entendu ces questions indiscrètes, débiles, humiliantes, on a tous côtoyé cette volonté de rabaisser celui qui se retrouve en situation d'infériorité.

 

Melle Fabre est épatante. Malgré une sévère entorse, elle déménage !

Elle nous fait croire parfaitement à ses personnages de femmes bien souvent abimées par la vie, pour reprendre un terme à la mode.

 

Elle m'a fait penser parfois à la grande Sylvie Joly, par son port altier, ses expressions et la drôlerie parfois tragique qu'elle sait nous faire passer.

 

Ce duo Bourgeois-Fabre fonctionne à la perfection.

Les deux se sont emparées d'un vrai sujet de société, qui, curieusement a été très peu traité aussi en profondeur au théâtre à part la pièce « La demande d'emploi » de Michel Vinaver.

 

On passe l'un de ces très bons moments qui vous font prendre pleinement conscience de ces absurdités du monde dans lequel on vit.

Entretiens d'embauche et autres demandes excessives

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