Résister c'est exister

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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Voici un spectacle coup de poing, l'un de ces seuls en scène qui vous marquent pour longtemps.
Un seul en scène interprété par François Bourcier qui va nous ramener aux heures les plus sombres de notre histoire.
Une heure et demie qui va tourner autour d'un seul verbe : résister !

Pendant que le noir tombe sur la salle, une voix off nous prévient : tout ce à quoi nous allons assister est issu de témoignages authentiques, simplement réécrits au présent.


Les quelque quarante personnages que François Boucier va incarner ont tous véritablement existé. Ils ont tous résisté, chacun à leur manière.

Puis, une silhouette caractéristique se découpe en contre-jour devant un projecteur rouge sang.

Un grand imperméable, une écharpe, un large feutre sur la tête : Jean Moulin-François Bourcier est sur scène.

Il s'exprime d'une voix grave pour rendre hommage à tout ceux qui vont défiler devant nous.

Ceux qu'il va appeler d'un sublime calembour « les soutiers de la gloire ».

 

Nous n'allons pas tarder à comprendre pourquoi, sur la scène, nous attendaient des costumes masculins et féminins suspendus à des chaînes.

 

Tel un Frégoli des temps modernes, le comédien les enfilera tout au long de son spectacle, dans une mise en scène et une scénographie des plus inventives que l'on doit à Isabelle Starkier.


C'est alors que les personnages vont se succéder, pratiquement tous résistants, tous déchirants dans leur façon de combattre l'oppresseur.

Et ce, quelle que soit leur degré de résistance.

Ici, il n'y a pas de grands et/ou de petits résistants.

« Simplement » des gens qui ne supportent pas le totalitarisme, le fascisme, la privation de liberté, en un mot comme en cent qui n'acceptent plus l'inacceptable.

Des anonymes, comme ce jeune garçon qui veut à tout prix prendre les armes, cet inoffensif vieux monsieur anonyme et discret qui pourtant accueille des militaires anglais, cet étudiant qui jette des œufs pourris sur les profs collabos, le gendarme qui se retrouve à aider un petit juif, une femme de ménage dans une caserne, etc, etc...


Mais également des résistants célèbres comme Joseph Kessel cherchant un titre à une « petite chanson » destinée à fédérer les partisans.

François Bourcier les incarne tous, d'une façon à la fois stupéfiante et bouleversante.


En changeant systématiquement de costumes, je l'ai déjà écrit, mais en changeant également de voix, d'accent, et même de physionomie, tellement il peut varier ses expressions et ses mimiques.
Et dans des registres bien différents.
Si son jeu est très souvent poignant, le comédien fait par exemple passer Hitler et Mussolini avec beaucoup d'humour à la Mel Brooks pour de gros clowns monstrueux et pathétiques, un nez rouge sur le visage.

Il ne ménage pas sa peine, il vole littéralement sur le plateau, se démène comme un beau diable, plonge littéralement sur le sol lorsque une mitraillette le fauche, il se change en un temps record et à vue grâce à d'ingénieux artifices, et utilise beaucoup d'accessoires de façon souvent très poétique.

(Je vous laisse découvrir tout ceci par vos propres yeux...)

Il faut tirer un vrai coup de chapeau à Catherine Richaud, la régisseuse-maison qui assurait ce soir-là  les conduites lumière et son, et qui a une partition très chargée, collant parfaitement au propos et au jeu du comédien.
Un vrai tour de force, car elle était seule en cabine !

Au final, je suis sorti bouleversé, retourné. Au moment du salut, François Bourcier applaudit lui-même tous les costumes qui jonchent le plateau, symbole de ceux qui sont tombés.
Déchirant.

Voici un seul en scène que devrait sponsoriser le Ministère de l'Education Nationale.
Montrer ceci aux lycéens agiterait bien des consciences et ferait beaucoup réfléchir.

Moi, je suis sorti du Studio-Hébertot en me posant deux lancinantes et obsédantes questions.
- Qu'aurais-je fait, moi ?
- Connaîtrons-nous à nouveau ces heures sombres et détestables ?

 

Résister c'est exister

Publié dans Critique

Commenter cet article

Bourlier Michel 28/01/2017 19:44

Nous sommes encore sous le choc de ce spectacle inoubliable (vos voisins de droite).

Yves POEY 29/01/2017 07:55

Je partage tout à fait votre opinion !