Parlons d'autre chose

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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C'est une bande de jeunes qui s'éclatent.
Mais pas tant d'éclate que ça, finalement...

Huit filles et un garçon.
Ils nous attendent déjà, au lointain de la scène, assis sur de simples chaises, les cheveux longs rabattus sur le visage.

Ils vont se lever, se présenter : huit lycéens de Terminale L, au lycée Saint-Sulpice.
Etrangement, ils précisent tous que leur casier judiciaire est vierge. (Ou « assez » vierge...)
On comprendra pourquoi plus tard...

Puis, et ce sera finalement le thème principal de la pièce, ils vont nous livrer en vrac toute une série de questionnements, de doutes, d'angoisses, ils vont nous révéler leurs indignations, leurs révoltes vis à vis du monde qui les entoure.

C'est que de nos jours, pas facile d'être jeune, dans le contexte de nos sociétés modernes certes, mais compliquées et souvent désespérantes !

 

Ils vont nous livrer également leurs éléments de réponse : c'est à cause des terroristes, de Monsanto, de Goldman Saachs, etc, etc...

Un soir, au cours d'une soirée « clandestine », dans lesquelles la petite communauté s'est dotée de ses propres règles, de ses propres lois pour exister, la situation dérape.
(Il vous faudra aller au Funambule-Montmartre pour découvrir le dérapage en question, ne comptez-pas sur moi pour tout vous dévoiler ! )

Léonore Confino, nommée aux Molières dans la catégorie auteur, dissèque presque d'un point de vue sociologique les difficultés de la génération actuelle d'ados.

Mais attention, pas n'importe quels ados.
Ici, nous avons affaire à des jeunes issus de milieux socialement très favorisés, des enfants de CSP++++++.
Ici, pas de mixité sociale, ici pas de blacks, pas de rebeus, pas de pauvres.
Ici, c'est l'uniforme qui prévaut, la petite jupette plus ou moins foncée, et le chemisier plus ou moins clair qui va bien.

Pour autant, leurs interrogations sont vraiment légitimes et méritent d'être écoutées et entendues.

Ce sont de très jeunes comédiens qui interprètent ces lycéens paumés sous leurs dehors sûrs d'eux et provocateurs.

Les neuf sont remarquables de justesse.
Un signe qui ne trompe pas : à la sortie, devant moi, une dame demandait à l'ouvreur : « mais ce sont vraiment des lycéens ? »
Un peu comme si on se demandait à l'issue d'un Roméo et Juliette : « Mais ces deux jeunes comédiens-là, ils habitent vraiment Vérone, et leurs parents ne peuvent vraiment pas se saquer ? »

Oui, ces neuf jeunes sont épatants.
Ils sortent à peu près tous de l'école de théâtre des Enfants terribles, et l'on sent déjà bien l'esprit de troupe.
Ils se connaissent, ils ont déjà beaucoup joué ensemble, et ils prennent un évident plaisir à se trouver sur un plateau.

Ils sont très drôles, également.
On sent déjà le métier, on devine aisément une expérience certaine au delà d'une vraie fraicheur juvénile.

La metteure en scène Catherine Schaub a eu les moyens se montrer très exigeante.
Sa mise en scène est en effet précise, tendue, sophistiquée.
A aucun moment, à une exception près, les neuf ne quitteront le plateau, ce qui était une sacrée gageure.

Certains passages (je ne parle pas ici des scènes dansées) sont même pratiquement chorégraphiés.
L'espace est totalement occupé, y compris les rangées de la salle, pour une scène drôlissime et très maligne où les neuf descendent du plateau poser leurs questions aux spectateurs.

(Votre serviteur s'est retrouvé ainsi à devoir méditer sur l'acceptation ou non de son âge...)

Une autre scène est particulièrement réussie : la scène où Léonore Confino et Catherine Schaub démontrent le fait que cette génération est avant tout une génération « connectée ».

On l'aura compris, nous est proposé un théâtre intelligent, en prise totale avec le monde qui l'entoure, et qui le questionne habilement, ce monde-là.
Un théâtre qui nous permet de réfléchir sur le sort de cette génération peut-être pas perdue mais qui se cherche, et ce, de plus en plus.
Et l'on comprend vite qu'au-delà de toutes les facilités apparentes qui semblent être mises à disposition des « jeunes d'aujourd'hui », il est de plus en plus difficile d'avoir 18 ans de nos jours.

Merci beaucoup, jeunes gens, pour ce beau moment théâtral !

 

Parlons d'autre chose

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