On purge bébé

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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Dans « On purge Bébé », Feydeau poursuit son exploration quasi sociologique du sujet qui lui aura fourni le plus de matière dramaturgique : le couple.

Ici, en l'occurence, le couple Follavoine.
Lui est « porcelainier », préoccupé par un seul et vrai problème : décrocher l'adjucation d'un marché de trois cent mille pots de chambre à destination de..... l'armée française.

Elle, Julie Follavoine a un tout autre souci, bien plus important à ses yeux de mère : comment purger son fils Toto, âgé de douze ans. La constipation fait rage !

M. et Mme Follavoine ont une relation, comment dire.... compliquée, difficile, faite d'éclats de voix, de mauvaise foi.

Et ce n'est pas ce bon Adéhaume Chouilloux, fonctionnaire-adjudicataire au Ministère de la guerre sur ce marché des vases de nuit militaires qui dira le contraire.

Pour qu'un Feydeau soit réussi, il faut que le metteur en scène (ici en l'occurrence une metteure en scène, Nathalie Berger) ait su mettre en œuvre une mécanique implacable de gags, de situations alambiquées et de quiproquos.

Et pour la mettre en œuvre, cette mécanique-là, il faut être très précis, et demander aux comédiens, en plus de déployer une vraie vis comica, il faut leur demander une vraie rythmique dans leur jeu.

Ici, c'est vraiment le cas. Mais alors vraiment.

La réussite d'une mise en scène de ce grand auteur se base souvent sur cette impression de facilité, associée à un rythme soutenu.
Cette impression de facilité est tout sauf facile à obtenir.

Nathalie Berger a bien réussi son coup, de ce point de vue-là.
Ici, les comédiens n'arrêtent pas, enchaînant répliques et situations à un vrai rythme d'enfer.

Marie Mansour et Adrien Mordant sont confondants de naturel et de précision dans leur jeu : tout roule, tout semble aller de soi, avec l'impression qu'ils ne jouent même plus, qu'ils sont ces deux Follavoine...
Ils déclenchent des avalanches de rires et fou-rires, Melle Mansour en mégère pas du tout apprivoisée et d'une totale mauvaise foi, M. Mordant en homme d'affaires souvent dépassé par les événements. (La scène des pots de chambres est énorme!)

Excellent également Philippe Sablayrolles, en fonctionnaire magnifiquement cocufié par son cousin.
Lui aussi fait beaucoup rire.

Il faut noter que dans cette pièce purgative, Feydeau a poussé un peu plus loin son exploration de son anthropologie du couple. Avec un aboutissement des plus logiques : la présence d'un rejeton.

Ici, et c'est une nouvelle fois l'occasion de se rendre compte combien l'écriture du grand Georges est d'une confondante modernité, nous sommes en présence d'un enfant-roi, qui fait absolument ce qu'il veut (ou ne veut pas) à la maison.
C'est lui, le vrai patron.

Cet enfant-là est interprété par Antoine Laugier, qui arbore tout au long de sa présence sur scène une expression petit-diabolique drôle à souhait.
(Sans compter un magnifique béret béarnais qui ne lui va pas du tout...)

Un petit regret totalement indépendant de la metteure en scène: j'aurais bien aimé que les rôles interprétés par Nathalie Berger elle-même (la bonne) et surtout l'excellent Bertrand Skol (le cousin cocufiant) fussent plus développés dans la pièce.
Les deux acteurs sont vraiment eux aussi épatants.

Vous l'aurez compris, j'ai passé une vraie et totale bonne soirée.
Ce bébé, qui finalement, ne sera jamais purgé, mis en scène par Nathalie Berger, est un modèle du genre.

Feydeau peut dormir sur ses deux oreilles.

On purge bébé

Publié dans Critique

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