Le rêve d'un homme ridicule

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Si l'on connaît évidemment très bien le romancier Dostoïevski, en revanche, est plus méconnu le nouvelliste Dostoïevski.

Et c'est bien dommage, si l'on en juge cette nouvelle, ce rêve d'un homme ridicule, qu'a adaptée et qu'interprète de façon magistrale Jean-Paul Sermaridas.


Dès le traditionnel message de l'ouvreuse terminé, il apparaît sur scène.


Stature imposante, crinière poivre et sel, vêtu d'un élégant manteau trois-quarts sur un gilet assorti et une chemise lilas très pâle, il remplit la salle entière de sa seule présence et de son seul charisme.
Il va dans un premier temps présenter son personnage.


Cet homme a décidé d'en finir purement et simplement.

Pour de bon. Définitivement. D'ailleurs, il s'est acheté un pistolet, nous révèle-t-il...
En effet, toute sa vie, on l'a humilié, toute sa vie, on l'a trouvé ridicule.


Lorsque l'on sait que Dostoïevski a lui-même connu une enfance très difficile, la tentation est grande d'identifier le personnage au grand auteur.


Cet homme rentre chez lui.

Il croise une petite fille qui lui demande de l'aide.
Mais, comme pour lui, le monde n'existera plus dans l'heure qui vient, il la repousse, et ne lui porte pas secours.

A quoi bon ?


Chez lui, pourtant bien décidé à utiliser son arme, il va néanmoins s'endormir sur son fauteuil.
Et le rêve survient.


Ce rêve, que je me garderai bien de vous révéler, va changer totalement cet homme.

(J'en profite pour saluer les subtiles et délicates lumières de Jean-Luc Chanonat.)


Ce rêve va évoquer les grands thèmes chers à l'immense Fiodor : la crainte du libre-arbitre, l'angoisse de l'existence de Dieu, la place de l'Homme dans tout ça...
Ah ! Cette terrible condition humaine !


Je n'irai pas par quatre chemins : Jean-Paul Sermadiras est stupéfiant !
Tout au long de cette heure qui passe vraiment trop vite, de sa voix émouvante et assurée, il va nous asséner littéralement le message de cette nouvelle.


Et de quelle façon !

La mise en scène d'Olivier Ythier est très épurée, reposant sur la symbolique de ce message. Un banc, une bougie.

Son élégant costume, le comédien ne le gardera pas longtemps.

Tout comme son personnage va se mettre à nu intérieurement, lui va ôter ses vêtements pour ne garder qu'un tricot de corps.

C'est que le personnage s'approche de l'état initial de l'Homme qui, débarrassé de tous ses oripeaux est bon et pur. Un « bon sauvage »...


Et puis le message est délivré : le mal va survenir. Le péché ?

 

Cette corruption, cette souillure, Sermadiras la matérialisera en direct par un maquillage fait de blanc de clown, sur lequel ses larmes creuseront des sillons bien visibles.


Le comédien est alors bouleversant d'humanité.


Les mots sont dits et magnifiés : « Je ne veux pas croire que le mal soit l'état normal de l'Homme ».
Faut-il un sacré talent et beaucoup de métier pour prononcer sans être ridicule, justement, de tels mots et convaincre tout le public !


« Aime ton prochain comme toi-même, voilà ce qui compte.[...] Et pourtant, tout cela, ce n'est rien qu'une vérité qu'on rabâche. Mais voilà, elle n'a pas pris racine... »
Il a tout dit.


Cet homme n'est plus ridicule.

Il est humain, voilà tout...


Une nouvelle fois, le Poche-Montparnasse nous offre donc un grandiose seul en scène.
Un comédien en pleine possession de son art, Jean-Paul Sermadiras, est face au public.
Un comédien au service d'un auteur.
Un comédien au service d'un texte. Des mots.

Bouleversant !

Le rêve d'un homme ridicule

Publié dans Critique

Commenter cet article