Le bal

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P.

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« Le bal » est à l'origine un roman d'Irène Némirovsky et non pas une pièce de théâtre.
Ce livre, écrit en 1928, évoque un sujet grave : la difficulté d'une adolescente à vivre dans le monde des adultes, ses difficultés à passer ce cap, en raison notamment de la terrible haine qu'elle éprouve envers sa mère.
On a souvent dit qu'Antoinette, la jeune héroïne, était une sorte de Poil-de-Carotte féminin.


L'intrigue est d'une simplicité quasi-biblique.
Les parents d'Antoinette, des parvenus, des nouveaux-riches très bling-bling, veulent organiser un grand bal pour asseoir leur position sociale.
Antoinette sera chargée de poster les nombreux cartons d'invitation, mais pour se venger de sa mère, les jette dans la Seine.
La soirée du bal survient. Une seule invitée, la prof de piano, sera présente, et pour cause : son carton d'invitation lui a été remis en mains propres par la jeune fille.
Les parents sont catastrophés.
Antoinette est vengée.

Virginie Lemoine, en adaptant la pièce et en la co-mettant en scène avec Marie Chevalot, a complètement transformé, à mon sens, le propos du roman.

Un roman que j'ai évidemment lu avant de venir voir le spectacle.

Ce qui lui a importé, à Melle Lemoine, c'est me semble-t-il davantage la satire sociale que la souffrance de la jeune fille.

Je trouve ceci un peu dommage.

D'ailleurs, ce soir, elle a annoncé clairement la couleur : présente sur la scène après le salut final, elle a déclaré qu'elle avait « tiré sur l'élastique », je la cite, et nous a révélé que la scène de ce fameux bal raté, qui tenait dans le roman en trois pages dans le livre, elle en avait fait une scène qui dure près de la moitié de la pièce.

Oui, pour moi, c'est un parti-pris que je ne partage pas.

Alors évidemment, le quintet de comédiens est irréprochable !
Ils font tous parfaitement ce que la metteure en scène leur a demandé de faire.

En l'occurrence, parfois, on se croirait dans une comédie de boulevard des années 50/60.
On est dans l'outrance, l'exagération.
Par moments, on est dans le registre de la farce, voire du spectacle de clown.

Il faut voir Brigitte Faure, en peignoir grand ouvert sur une généreuse poitrine à moitié à l'air, se démener comme une belle diablesse, il faut l'entendre crier, hurler, puis gémir douloureusement !
Elle est vraiment parfaite ! Elle nous fait beaucoup rire !

Serge Noël lui donne la réplique, en mari-boursicoteur, complètement soumis à son dragon d'épouse.
Lui aussi donne (très très bien) dans la caricature.

Caricature également, la prof de piano, incarnée par Françoise Miquelis, robe noire, chignon sévère, petites lunettes assorties, baguette à la main !

Pascal Vannson est quant à lui le maître d'hôtel très au fait du côté parvenu de ses patrons.
Ses mimiques, ses expressions sont épatantes.

Il n'a pas beaucoup de texte, mais qu'est-ce qu'il le dit bien !

Quant à Lucie Barret, elle est Antoinette, l'héroïne.
Une héroïne qu'on ne voit pas pendant les trois quarts de la pièce...
Elle aussi joue à la perfection cette adolescente qui tente d'exister, de vivre. (L'auteure s'est évidemment projetée dans ce rôle...)

On l'aura compris, Virginie Lemoine a fait des choix.
Ces choix-là, je ne les ai pas véritablement compris : je trouve qu'ils ne rendent pas hommage au roman, beaucoup plus intense et grave que ce que j'ai vu ce soir, même si certains passages peuvent prêter à sourire.
Je trouve ceci un peu dommage, je me répète.

 

(Je vous conseille au passage de visionner le DVD du film que Wilhelm Thiele a tiré de l'oeuvre d'Irène Némirovsky, en 1931, avec dans le rôle principal Danièle Darrieux.)

Bien entendu, allez voir ce Bal au théâtre Rive-Gauche pour vous forger votre propre opinion.



http://www.theatre-rive-gauche.com/le-bal-spectacle.html

Le bal

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