L'Iliade

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Compagnie A tire d'Aile

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(c) Photo Y.P.

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Ils sont venus, ils sont tous là,
Elle aura lieu la Guerre de Troie.
Y'avait Hector, y'avait Achille,
Que de fureur dans cette ville !
Ave, non pas Maria, mais Hera...

Pauline Bayle (que j'avait récemment tant appréciée dans « Clouée au sol » de George Brant, au théâtre des Déchargeurs, c'était ici) a réussi un véritable tour de force en adaptant et en mettant en scène ce « poème de l'Ilion » attribué à Homère.

L'Iliade, c'est quand même quinze mille vers, dans lesquels les Grecs s'opposent aux Troyens, avec dans chaque camp dieux et déesses pour supporters !

Un vraie gageure.
Melle Bayle, c'est évident, a lu, étudié, disséqué cette œuvre littéraire pour en extraire ainsi et mettre aussi finement en scène les enjeux humains, sociétaux et moraux.
Pour mettre en exergue aussi subtilement les mythes, il faut être vraiment tombé dans ces chants d'Homère et en avoir vraiment compris le sens.

C'est dans le hall du théâtre que commence la pièce.
Ce sera devant le bar et la billetterie que les cinq jeunes comédiens débuteront leur jeu.
C'est en effet la dispute et la querelle initiales, c'est le catalogue des navires !
L'action est lancée.
Agamemnon, Achille et consorts, en jeans, T-Shirts, casquettes et baskets s'embrouillent.
Impossible d'y échapper. Yo man, zyva !

Puis, le public entre dans la salle.
Sur scène, au lointain, pour tout décor, deux grands panneaux précisent les forces en présence, et qui appartient au camp grec ou troyen.
Une belle idée à la Thomas Jolly, qui précisait lui, dans son Henri VI, qui était du côté Lancastre ou York.

Et nous retrouvons les comédiens, Florent Dorin, Alex Fondja, Jade Herbulot, Yan Tassin et Charlotte Van Bervesselès, presque encore des gamins, mais qui, avec un métier, une aisance et un talent confondants vont interpréter à eux cinq une multitude de rôles et de personnages, mortels ou immortels, masculins ou féminins, peu importe.

Interpréter Héra pour un garçon n'est pas gênant. Un petit soutien-gorge rouge-vif, et hop, le tour est joué !
Incarner Aphrodite demande peu de moyens. Une abondante perruque blonde peroxydée et l'affaire est dans le sac !

Avec force, habileté et naturel, ils enchaînent les tableaux d'une grande beauté visuelle, que ce soient des moments tragiques (c'est qu'il y en a eu des massacres dans les deux camps) ou les moments drôlissimes.
Notamment sur le mont Olympe : la metteure en scène n'a pas hésité à déconstruire l'image solennelle des Dieux aigris et finalement très humains.

La scène où Héra pousse Poséidon à « devenir le N° 1 à la place de Zeus », cette scène-là est véritablement jubilatoire.
Tout comme le hip-hop qui s'en suit, le dieu de la mer ayant subtilisé l'Eclair-micro au Patron, après qu'Hera eût usé de ses charmes (sauvages, les charmes !) pour endormir le Dieu des Dieux.

Des moments magnifiques, d'une grande beauté visuelle, viennent en permanence nous cueillir !

Achille et Patrocle enfilant leur cuirasse de paillettes, le sang qui gicle, le feu qui embrase, la colère du fleuve Scamandre (Charlotte Van Bervesselès est vraiment formidable de force et de puissance...), un personnage évoqué par un grand morceau de papier,  autant de moments de vrai et beau théâtre.

Un théâtre fait de « bouts de ficelle », mais un théâtre évocateur, un théâtre qui libère l'imagination et procure quantité d'émotions aux spectateurs.

Pauline Bayle a osé, sans grands moyens, sans décor, sans costumes, avec seulement quelques accessoires, mais avec de belles et nombreuses trouvailles dramaturgiques et scénographiques, elle a osé et réussi au-delà de toute espérance à transcrire le souffle épique, la violence et la beauté de cette œuvre littéraire.
Une vraie réussite.

Mon seul regret, finalement, aura été que ces talentueux jeune gens n'aient pas enchaîné dans la foulée avec l'Odyssée.

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En tournée dans toute la France.
http://www.labelsaison.com/spectacles/Iliade.html

Publié dans Critique

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