Hôtel des deux mondes

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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Autant vous le dire tout de suite, cet « hôtel des deux mondes » n'est pas un hôtel ordinaire.
Les clients qui y séjournent ont tôt fait de s'en rendre compte.
Le public également.

Deux « grooms » entièrement de blanc vêtus, un médecin habillé d'une sorte de soutane immaculée, un président de sociétés, un étonnant mage, un rédac-chef de presse écrite, une femme de ménage-philosophe, oui, tout ceci est vraiment étrange.

Et puis le « personnage principal » de la pièce : un ascenseur.
Oui, vous avez bien lu : un grand ascenseur qui fonctionne dans un vacarme assourdissant.
Un ascenseur très particulier, quoi.

Eric-Emmanuel Schmitt a proposé à Anne Bourgeois de mettre en scène sa pièce, créée en 1999.
Et comme il a bien fait !

Monter une pièce de Schmitt comporte un risque énorme : de par le caractère apparemment simple mais en fait profond du propos, il faut faire très attention.
Grand est le danger de tomber dans le registre de la platitude ou de la mièvrerie.
Transposer sur un plateau une phrase comme par exemple « cela s'appelle le coup de foudre » n'est pas évident.

Il faut avoir sous la main un metteur en scène inspiré, inventif, audacieux, très au clair sur les tenants et les aboutissants de la pièce.

Ici, c'est évidemment le cas.
Anne Bourgeois s'est emparée du texte à bras le corps de ce best-seller dramaturgique monté dans le monde entier.

Elle sait faire dire les répliques, faire sonner les mots schmittiens, (elle a déjà monté voici quelques années « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran), elle sait nous faire savourer le texte.


Elle sait également tirer le meilleur parti de l'espace scénique, elle sait faire bouger les comédiens.
On a l'impression que tout va de soi, exactement comme l'écriture de l'auteur.
Cette impression de facilité et d'évidence n'est bien entendu qu'apparente.
Anne Bourgeois a évidemment bien compris que derrière ces apparences-là se cache un réel et profond propos philosophique. Ici, en l'occurrence, le rapport de chacun à la mort : celle des autres mais également sa propre mort. On se doute bien que qui dit rapport à la mort sous-entend rapport à la vie.

Elle a choisi une belle brochette de comédiens.
Tous sont excellents et au service de la pièce.

A commencer par les « petits jeunes », Davy Sardou et Noémie Elbaz, (son entrée en scène est magnifique), qui sont impeccables tous les deux. On croit vraiment à la naissance de leur histoire d'amour.

Odile Cohen-Docteur S. est énigmatique à souhait, voix grave, visage fermé et port hiératique.
Michèle Garcia-femme de ménage et Jean-Jacques Moreau-président de société sont irrésistibles de drôlerie et de vis comica.
Deux personnages sans texte sont également interprétés par Günther Vanseveren et Roxane Le Texier. Une partition difficile, il faut tout faire passer par le regard et l'expression du visage et du corps.

Et puis, il y a Jean-Paul Farré, l'un de mes héros !
En mage Radjapour, il irradie littéralement le plateau et la salle.
Comme toujours, il est magnifique. Il est grand.
On sent sa passion du texte, de la langue, il semble mâcher ses mots comme on mâche un grand cru pour mieux le déguster.
Tour à tour drôle, émouvant, charmeur, sarcastique, un turban violet sur sa crinière blanche, il est époustouflant.
Quel comédien !

Une nouvelle fois, le Rive-Gauche m'a fait passer une bien belle soirée.
On rit, certes, mais on se pose nombre de questions, de ces interrogations qui vous poursuivent une fois sorti de la salle.

Un grand merci à vous, Melle Bourgeois, M. Schmitt, pour cet hôtel tout plein d'étoiles !

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A l'issue de la représentation, Anne Bourgeois a répondu à mes questions pour un entretien webradio.
Ce sera pour les jours qui viennent.


http://www.theatre-rive-gauche.com/hotel-des-deux-mondes-spectacle.html

Hôtel des deux mondes

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