Danses nocturnes

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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Le public entre dans la salle.
Sur la scène, un pupitre et une chaise à jardin.
Une petite banquette côté cour.

Puis, le noir finit par arriver.
C'est Sonia Wieder-Atherton qui entre la première, son violoncelle et son archet à la main. Elle s'installe.

Puis, la voici. Elle aussi franchit le dernier mètre de la coulisse.
Elle.
Un légende.

Miss Rampling herself, elle et sa silhouette reconnaissable entre toutes.
Une petite robe noire sans manches, qui laisse voir ses bras maigres, sur un legging de la même couleur, avec des ballerines assorties.

Et puis les yeux gris-vert, profonds, intenses.
Et puis la voix. Et quelle voix !

Cette voix va sublimer la poésie de Sylvia Plath, la poétesse américaine.
De son côté la violoncelliste virtuose va nous offrir des pièces de Benjamin Britten.
Difficiles et exigeantes, ces pièces, pour le public comme pour la musicienne (j'en veux pour preuve les nombreux crins qui seront cassés ce soir-là, pendant au bout de l'archet.)

La voix (les textes sont dits en anglais, et surtitrés) et la musique vont nous emporter dans des contrées difficiles.

Telle est la poésie de Sylvia Plath : austère, triste, désespérée.
Ses textes poétiques, découverts après son suicide, à l'âge de trente et un ans, en 1963, sont souvent décrits comme une chronique annoncée de son acte fatal. « Voilà la femme parfaite. Mort. »

Les mots sont exprimés tour à tour avec douceur, violence, suavité, la voix grave de Charlotte Rampling les délivrant dans une douleur contrôlée, qu'elle accompagne de tout son corps.

Un poème déchirant concerne le père de l'écrivain, un père d'origine allemande. Sont évoqués le nazisme, les camps de concentration, la perte de l'Humanité. Je n'ai pu m'empêcher de penser au prix Goncourt  « Les Bienveillantes » de Jonathan Littell.

Tout au long de ces soixante minutes, les mots et les notes se répondent, s'écoutent, se superposent, parfois.

Pendant que l'une joue, l'autre écoute intensément sa partenaire.
Les deux artistes se complètent admirablement, on sent une vraie complicité, un vrai duo, en osmose, qui m'ont totalement fasciné.

Bien entendu, (à part les nombreux compatriotes de la comédienne présents ce soir-là), pour nous autres spectateurs ne maîtrisant que fort mal l'américain littéraire et poétique, il faut se laisser emporter et bercer par ces vers dont on sent bien qu'ils ne prêtent pas à sourire. On regarde davantage la comédienne et la musicienne que l'on ne suit les textes projetés en fond de scène.

Tout est grave, tout est sombre.
Tout est beau.

Oui, j'aurai vu Charlotte Rampling jouer sur scène.
Une vraie chance.
Un privilège !

Danses nocturnes

Publié dans Critique

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