Un fil à la patte

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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Autant l'avouer tout de suite, je n'ai pas adhéré totalement à ce Fil à la patte, mis en scène par Anthony Magnier.

Soyons juste : de très bons moments, de très belles idées viennent émailler ce spectacle.

Le fait tout d'abord d'avoir voulu épurer la pièce.
Pourquoi pas. Au contraire.
Braver les didascalies hyper-précises du grand Georges, s'affranchir de tout le décor, excepté deux lustres d'époque, faire bruiter par les comédiens eux-mêmes les portes qui claquent, faire imaginer au public l'armoire dans laquelle on s'enferme, ce sont bien là des parti-pris audacieux qui fonctionnent plutôt bien.
Il y avait là matière à construire une vraie mécanique feydolienne.

Il m'a personnellement fallu attendre assez longtemps pour que cette mécanique-là fonctionne, pour qu'un vrai rythme, sans baisses de régime, s'installe.
Le dernier acte, plus précisément.

Jusque là, je n'ai pas totalement reconnu la folie, la démesure pourtant paradoxalement millimétrée du texte.

Tout d'abord, on nous inflige une sorte de prologue que j'ai trouvé inutile : une comédienne arrive en retard, ayant dû poireauter dans le froid, ses petits camarades de jeu ne l'ayant pas attendue pour monter sur scène.

De même certains passages improvisés avec le public sont un peu lourds, redondants et pareillement inutiles.

Il faut être très doué et très inspiré pour ajouter du texte à un Feydeau.

La distribution ne m'a pas totalement convaincu non plus.

Toutes les partitions ne sont pas interprétées avec la même fougue.

S'il faut saluer la performance de Marie le Cam, qui joue la Lucette Gauthier qu'on est en droit d'attendre, si le Bois d'Enghien de Stéphane Brel est plutôt assez à la hauteur, si le général Irrigua d'Anthony Magnier (en kilt, on se demande bien pourquoi au passage...) est truculent à souhait, j'ai eu plus de mal avec le restant de la troupe, avant ce fameux dernier acte.

Oui, c'est au dernier acte, l'acte du palier, que j'ai vraiment été séduit par la mise en scène.

Enfin Bouzin (Mikaël Taieb) devient un Bouzin original, qui ne regarde pas du côté de Christian Hecq, dans la version de Jérôme Deschamps au Français !

Enfin les corps interagissent vraiment entre eux, enfin, tout devient fluide, démesuré !

Enfin Feydeau est là !

Un fil à la patte

Publié dans Critique

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Florence Marek 22/12/2016 09:43

Bonjour,
J'ai vu cette pièce il y a trois semaines, je crois. En grande spécialiste de Feydeau, j'ai été déroutée, déboussolée. Les personnages de Jean et de la préceptrice anglaise manquent, c'est dommage, il y a de nombreuses coupures dans le texte. J'en ai discuté avec Mikaël Taïeb après le spectacle. Il m'a dit que c'était du fait des contraintes imposées par le théâtre qui ne voulait pas un spectacle long. Cela dit, j'ai bien aimé sa prestation dans le rôle de Bouzin. On a ri parce qu'au début je croyais que c'était Christian Hecq - j'avais eu la chance de voir la pièce au Français - et il m'a confié que si, physiquement il lui ressemblait en effet -, il avait voulu s'en démarquer. On a tous en tête, quand on va voir à nouveau cette pièce, la splendide mise en scène de Jacques Charon, au français, l'immense Robert Hisch et il est vrai que ce monument semble indétrônable et il est difficile, par la suite, de voir d'autres mises en scène. Deschamps a réussi à relever ce défi. Pour ce qui est de la pièce au Théâtre 14, j'ai toutefois passé un bon moment mais ce n'est pas ma meilleure expérience théâtrale de l'année. Je demeure subjuguée par "Edmond" au Palais Royal que je vais retourner voir le soir du 24.