Rappelle toi Barbara

Publié le par Yves POEY

Ludovic Selmi - Blandine Jeannest de Gyvès - (c) Photo Y.P. -

Ludovic Selmi - Blandine Jeannest de Gyvès - (c) Photo Y.P. -

Quel beau spectacle, tout en sensibilité et en délicatesse, que ce « Rappelle-toi Barbara » !


Un spectacle que nous proposent Blandine Jeannest de Gyvès, soprano de son état, et Ludovic Selmi, pianiste.

Oui, que de charme, que d'émotion, que de finesse, dans cette évocation de la Dame brune !

Ici, il n'est pas question d'imiter Barbara, ou d'essayer de chanter comme elle.


Ici, c'est une artiste lyrique qui revisite Barbara, s'appropriant de façon magistrale ses chansons.


Avec sa voix (et quelle voix ! ), Blandine Jeannest se montre tout simplement ensorcelante.


Elle nous démontre au passage qu'une artiste lyrique, formée par essence au répertoire classique, peut faire preuve d'éclectisme et de curiosité musicale.

Elle nous envoûte, parce qu'elle est elle-même, et non pas une tentative « barbarienne » plus ou moins réussie …

Avec ou sans micro, de son timbre tour à tour suave, feutré, chaud, rond, puissant, c'est selon, elle ré-interprète les grands titres avec son approche personnelle qui fonctionne parfaitement.

Sur scène, elle n'est pas seule.

Elle est « plus qu'accompagnée » par Ludovic Selmi au piano.

(Je trouve personnellement qu'il mériterait un meilleur piano, mais bon, comme il me le disait après le spectacle « qui peut le plus, peut le moins »...)

Ces deux-là sont complètement en symbiose.

Il n'y a pas d'un côté une artiste et de l'autre son accompagnateur, comme le Rossignol milanais et M. Wagner (les amateurs de Tintin auront saisi...), non, il y a deux vrais musiciens récitalistes qui se complètent pleinement.

Ludovic Selmi a complètement ré-arrangé les chansons.

Mais pour autant, on ne peut pas parler formellement de « récital Barbara », puisque le talentueux pianiste a intercalé des œuvres du répertoire pianistique, et non des moindres, de celles qu'on ne trouve pas dans la Méthode Rose, comme par exemple l'Etude révolutionnaire, l'étude en fa mineur et la valse minute de Chopin, un nocturne de Poulenc, etc, etc...
Quel talent, quelle technique, quelle virtuosité !

Ces pièces s'intègrent parfaitement dans le spectacle et permettent d'autres moments de belle musique.
(J'en profite pour rappeler que Chopin et Poulenc ont eux aussi un jour écrit de la musique contemporaine...)

Il faut aussi rendre un hommage appuyé au vidéaste Jean-Pierre Schneider, qui projette de belles images de son cru.
Il a choisi, et comme il a bien fait, de ne pas montrer Barbara, ni les rues de Nantes, ni le jardin de Précy, encore moins d'aigle plus ou moins noir.
Non, ce sont des images magnifiques en noir et blanc, souvent forcées, saturées, qui s'insèrent et créent des ambiances poétiques pendant une chanson ou une pièce classique.

Je n'oublie pas non plus William Orrego Garcia qui a créé de subtiles lumières, permettant à la video de ressortir pleinement sans l'écraser.

Au final, c'est vraiment une soirée délicieuse, une soirée subtile et délicate, de ces soirées qui finissent trop vite.
Même le rappel ne suffit pas à nous faire étancher cette soif du souvenir de Barbara, tel qu'il nous est proposé.

C'est une vraie réussite, une vraie création, ambitieuse et originale.

Rappelle toi Barbara

Publié dans Critique

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