Le jeu de l'amour et du hasard

Publié le par Yves POEY

Le jeu de l'amour et du hasard

Voici ce que j'écrivais le 22 avril dernier, après avoir vu - et adoré - la mise en scène du "Jeu de l'amour et du hasard" de Marivaux, par Salomé Villiers.

Je suis allé interviewer Melle Villiers hier soir, après avoir revu une troisième fois ce délicieux spectacle.

L'objectif était de faire le point sur cette belle aventure théâtrale, qui se terminera après le succès que l'on sait et les prolongations en découlant le 31 décembre prochain.
Il reste quelques places pour d'éventuels cadeaux de Noël...

(Cet interview sera diffusé en début de semaine prochaine.)

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Qui donc a décrété que Marivaux et la Pop/Rock des années 60/70 étaient incompatibles ?
Assurément, celui-là n'a pas vu cette brillante adaptation de Salomé Villiers, menée tambour battant !
Il fallait oser.
Elle a osé.
Et elle a très bien fait.
En trois mots comme en cent, ce fut une soirée délicieuse, épatante et formidable !

Le point commun de ces deux entités apparemment éloignées (Marivaux et la pop/Rock), ce point commun est bien entendu le questionnement de l'ordre établi et des préjugés sociaux.

La double intrigue, les maîtres et les valets qui échangent leur rôle social, est prise à bras le corps par les cinq brillants comédiens (Raphaëlle Lemann- « Lisette », Bertrand Mounier- « Mario », François Nambot- « Dorante », Etienne Launay- « Arlequin », Philippe Perrussel- « Orgon » et l'également metteure en scène Salomé Villiers- « Silvia »).

Oui, c'est vrai, l'auteur nous parle d'amour, de passion, d'envie, de désir.
Certes.
Mais pas que.

Marivaux, avec cette admirable langue du XVIIIème, n'est pas un révolutionnaire, mais il est totalement au fait des enjeux sociétaux de son époque.

Melle Villiers a bien compris une chose : on est vraiment, avec cette pièce, dans une totale et sauvage lutte des classes, totalement assumée à l'époque, mais complètement tue, larvée et qui ne dit pas son nom aujourd'hui.
D'où son parti-pris de la transposition moderne.

Elle a également rendu de façon éclatante le propos vraiment féministe de cette pièce : les femmes savent ce qu'elles veulent, le revendiquent et assument !

Le quintet de comédiens, mené à la baguette par le pater familias Orgon (Philippe Perrussel, qui fut le professeur des quatre autres) est parfait de justesse, de cohérence et de complicité.
On le voit, on le ressent : ils s'amusent !
Ils se sont d'ailleurs regroupés en troupe, ce qui est un signe qui ne trompe pas : le théâtre, c'est avant tout une affaire de copains qui s'amusent à jouer entre eux.

Une trouvaille dramaturgique : de temps en temps, des clips-video hilarants nous montrent ce que font les personnages lorsqu'ils ne sont pas sur le plateau, entre les actes.
Une riche idée, qui fonctionne à merveille.

On aura compris mon enthousiasme.
Courez au Lucernaire, jusqu'au 4 juin prochain, ou bien au Festival d'Avignon cet été, dans la salle du Roi-René, où la petite troupe reprendra cette brillante production.

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