Dieu est mort

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Régis Vlachos nous livre une vraie info : Dieu est mort !
Soit.


Mais lequel ?
C'est qu'il y en a, des Dieux, et pas qu'un peu.
Et qui se tirent la bourre par fidèles et fanatiques interposés !


La réponse est simple : tous !
Pas un pour rattraper l'autre ! Dieu est mort, on vous dit !


Cette pièce est une vraie colère drôlissime, à moins que ce ne soit une vraie drôlerie coléreuse.
Une sorte de gigantesque et jubilatoire oxymore.


En un mot comme en cent, en un verbe comme s'il était au commencement : Dieu, ça l'emmerde, Régis Vlachos.


Et de régler bien des comptes, par l'intermédiaire bien souvent de ceux qui lui en ont parlé.


La séance chez le psy totalement inutile.


Le cours de philo dans lequel les arguments du prof ont bien du mal à faire face aux croyances bien ancrées chez des lycéens aux idées bien arrêtées. (La scène est irrésistible ! Ca sent le vécu!)


Les souvenirs d'enfance dus au dorénavant ô combien célèbre Père François.


Le dialogue musclé entre un agrégé de philo et un proviseur de lycée de banlieue qui n'ont pas les mêmes conceptions de la pédagogie. (Oui, là aussi, ça sent le vécu...)


La présence féminine qui hante le personnage principal.


La figure de la Mère, omniprésente, sorte de « filtre » entre l'éternel et le petit Régis.


Le souvenir fantômatique d'une sœur trop tôt disparue.


La discussion entre des prophètes marionnetisés (je vous laisse la surprise...)


Dieu est mort, c'est tout ça et bien plus encore...


Il y a un vrai ton Régis Vlachos.
Un ton qui provoque beaucoup de rires, dans ce foisonnement d'idées, de trouvailles, de vannes, aussi.
(L'une d'entre elles m'a fait hurler de rire, et concerne les impénétrables voies du Seigneur. Là encore je ne développerai pas, rendez-vous donc au théâtre Essaion.)


Mais si l'on rit beaucoup (le rire qui n'est pas le propre de Dieu, mais bien celui de l'Homme, au passage...) c'est que ce rire est matière à une large réflexion.


Comment se positionner en tant que non-croyant ou ex-croyant par rapport à la religion qui, semble-t-il, n'a jamais été aussi présente dans nos sociétés compliquées. (Malraux aurait-il déjà raison?)
Comment revendiquer la liberté de ne pas croire, aussi ?


Attention ! Je ne suis pas en train d'écrire que nous sommes en présence d'une pièce anticléricale, islamophobe, judéophobe, ou que sais-je encore.
Non, ici, il est question de réfléchir intelligemment sur la place et le poids de la religion et la façon dont certains instrumentalisent Dieu. (Suivez mon regard, le souvenir de Charlie n'est jamais très loin...)


L'auteur Vlachos est agrégé de philosophie, et son texte pose les vrais problèmes, à travers le filtre de l'humour et/ou de la dérision.
Sans oublier de vrais passages émouvants qui eux aussi, sont propice à une sorte d'introspection et permettent au spectateur de réviser son positionnement par rapport à la problématique générale.


Sur scène, le comédien Vlachos ne ménage pas sa peine.

Il en est de même pour sa comparse Charlotte Zotto.
Ces deux-là donnent énormément, généreusement, sans compter.


La mise en scène musclée et très astucieuse de Franck Gervais concourt à mettre en valeur ce déferlement, ce foisonnement, cette émergence du Verbe.


Et puis, last but not least, il y a un autre personnage. Et non des moindres !
Un évangéliste, rien que ça ! Si si, c'est comme je vous le dis !


Un évangéliste qui vient au grand étonnement de tous, car on pensait qu'il n'y en avait que quatre, de ces évangélistes, qui donc vient rappeler son essentiel et définitif message !
Avec une transcription moderne par video interposée de la délivrance de son évangile.


Oui, il s'agit de l'évangile selon Saint Michel ! Que plus canonique, et moins apocryphe ça ferait trop !
Là encore, allez donc applaudir Régis Valchos et Charlotte Zotto à l'Essaion pour découvrir qui est ce cinquième évangéliste.


Dieu est mort !
Vive D......... ?


Eh oh ! Et puis quoi encore !
Dois-je répéter toute ma chronique ?

Dieu est mort
Dieu est mort

Publié dans Critique

Commenter cet article