Rien, plus rien au monde

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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Attention, spectacle coup de poing !
Attention, pièce "claque dans la figure" !


Un "seule en scène" adapté et mis en scène par Fabian Ferrari d'un roman de Massimo Carlotto, l'un des auteurs les plus lus en Italie.
Un auteur de romans noirs. Très noirs !


Amandine Rousseau incarne Juliette, une femme de ménage qui selon ses propres mots mène une "vie discount".


Comment vivre décemment à trois avec moins de 1400 euros par mois ?
Comment joindre les deux bouts ?
Comment vivre, tout simplement ?


Scotchée aux émissions de télé-réalité, aux magazines people, à sa grille de loto, à son pineau, aussi, elle est néanmoins lucide sur son sort : elle sait qu'elle a une vie au rabais.


Personne ne veut la comprendre, personne ne veut l'écouter, personne ne la fait exister, et surtout pas sa famille.


Elle fait ce qu'elle peut...
Elle fait ce qu'elle croit être bien...


Elle est xénophobe, raciste. Farouchement raciste.


Elle a peur de l'Autre, de l'Etranger, responsable selon elle de tous ses mots : "ils viennent nous prendre nos emplois".


Les trop fameuses réponses simplistes aux questions compliquées.


Tout ceci va l'amener à commettre l'irréparable !!!

(Que je ne vous dévoilerai évidemment pas...)


Vous l'aurez compris, cette pièce est d'une troublante actualité !
Comment ne pas penser à tous ces gens qui se jettent dans les bras du premier populiste venu ? (Suivez mon regard outre-Atlantique...)


Comment ne pas penser à tous ceux qui chez nous s'apprêtent en 2017 à se servir d'un bulletin extrêmement à droite, tout ça parce que nos sociétés les laissent pour compte, ne les écoutent et ne les comprennent pas ?


Amandine Rousseau incarne donc cette femme exclue du système.
Elle est purement et simplement remarquable.


Fabian Ferrari, son metteur en scène a fait dans la sobriété et dans l'efficacité.
Il a bien fait : ici, c'est le texte qui prime.

Elle parvient véritablement à incarner les deux faces de cette femme de ménage au bord du précipice : elle nous inspire certes de la compassion, mais également une certaine répulsion, pour ne pas écrire une répulsion certaine !


Il faut un vrai grand talent pour jouer cette ambivalence, et passer en permanence de l'un à l'autre de ces deux aspects d'un personnage aussi fort et contrasté.


C'est le propre d'une comédienne aguerrie que de jouer aussi subtilement un tel personnage.
 

Sans grands effets, sans artifices de jeu, sans pathos inutile, mais sans mièvrerie, Amandine Rousseau nous fait croire à son personnage.
Elle la vit, elle l'incarne, elle est cette Juliette-là.


Vous l'aurez compris, il s'agit de l'un de ces spectacles qui ne peut laisser personne indifférent.
Un spectacle qui dénonce, qui interroge notre monde et qui fait réfléchir.


Et par les temps qui courent, qu'est-ce que ça fait du bien de réfléchir !

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Dans quelques jours, vous trouverez ici-même l'interview webradio que m'a accordé Amandine Rousseau.
Elle reviendra avec ses mots sur son personnage et sur cette troublante pièce.

(c) Photo Y.P.

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Rien, plus rien au monde
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