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De la cour au jardin

Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Seuls

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

C'est la peinture qui va servir de prétexte cette fois-ci à Wajdi Mouawad pour la poursuite de sa quête identitaire.


Et pas n'importe quelle peinture, puisqu'il s'agit de la toile « Le retour du fils prodigue » de Rembrandt, réalisée deux ans après la mort de son fils.


Une toile qui fascine depuis toujours l'auteur-comédien-metteur en scène-directeur de théâtre.


La poursuite de la quête identitaire, certes, mais également l'exploration des liens familiaux complexes entre père et fils.


Ce fils, à défaut d'être prodigue, c'est Harwan, doctorant québecois qui peine (c'est un euphémisme) à terminer sa thèse, interprété par Mouawad, seul en scène.


Le père de Harwan, qui a dû naguère quitter le Liban avec sa famille pour fuir la guerre, vient à tomber dans un coma profond.


Les médecins l'ont dit au fils : il faut continuer à parler au père, afin d'entretenir ses capacités cérébrales.


Seulement voilà....
Continuer à parler ?

Alors que le dernier mot prononcé au téléphone était un « merde » retentissant à destination de papa ?

 

Et c'est l'occasion d'une grande conversation-confession, forcément à sens unique : Harwan se raconte, se souvient de son enfance à Beyrouth, tente de se raccrocher à ses racines, dit ses regrets à son père, essaye de justifier sa vie montréalaise : non, il n'a pas vécu la guerre, mais il n'y est pour rien !


De grandes questions vont être posées :
« Comment fait-on pour savoir si on est en train de rater sa vie ? »
« Qui croyons-nous être ? »


Jusqu'au coup de théâtre final qu'il ne faut évidemment pas dévoiler !

 

Ce sensationnel revirement sera l'occasion d'un formidable happening pictural, une vraie chorégraphie chromatique, un joli et émouvant ballet très visuel et coloré, avec notamment une scène bouleversante et poignante !


On en prend plein les yeux, jusqu'à la plongée finale. Je n'en dirai pas plus...


Dans ce texte, écrit en 2008, Wajdi Mouawad passe de l'humour un peu triste, un peu désespéré (les scènes au téléphone sont souvent très drôles) à des moments vraiment émouvants et tendres.


Dès la première minute, il ne nous lâche plus, j'ai ressenti une vraie empathie pour ce personnage, j'ai pris fait et cause pour lui, ayant envie de l'aider, de l'accompagner...


A l'aide de petites phrases toutes simples, souvent « banales », de celles qu'on se dit qu'on pourrait prononcer, Mouawad crée une nouvelle fois un véritable univers de recherche identitaire.
La quête. Encore et toujours.
Des racines.


Alors, comment fait-on pour savoir si on ne rate pas sa vie ?
Peut-être en partie en lisant et en allant voir sur scène Wajdi Mouawad...

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Seuls
De, avec, et mis-en scène par Wajdi Mouawad
Théâtre de la Colline.
Rue du Malt Brun - Paris (XVème)
Jusqu'au 9 octobre.

 

Rembrandt van Rijn - "Le retour du fils prodigue" - 1667

Rembrandt van Rijn - "Le retour du fils prodigue" - 1667

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Pauline 02/10/2016 15:42

Bonjour,
Très beau texte que vous avez écrit sur Wajdi, je me disais en regardant son spectacle vendredi qu'il était encore en travail, il cherche encore avec beaucoup de simplicité et d'humilité aussi.
J'ai été voir 2666 hier. Une traversée puissante avec une énergie au plateau qui ne faiblit pas. Quelques scènes difficiles. à Bientôt. Pauline

Yves POEY 02/10/2016 19:12

Merci ! A bientôt,

Yves :-)