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De la cour au jardin

Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Petits crimes conjugaux

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Il a la mémoire qui flanche...
Il ne se souvient plus très bien.
Il ne se souvient même plus du tout.

Lui, c'est Gilles, auteur de romans policiers.

Il revient chez ce qu'on lui affirme être chez lui, accompagné par Lisa, celle qui semble être sa femme.

Très vite, on apprend qu'il a été victime d'un étrange accident, dans un escalier très étroit. Cet accident a entraîné une amnésie.

Voici le prétexte à un véritable travail de dissection littéraire : Eric-Emmanuel Schmitt se livre à une analyse fine des relations qui s'installent entre deux personnes qui vivent ensemble depuis « un certain temps ».

Dans une écriture qui n'est pas sans faire penser à celle de Pinter, Schmitt nous plonge dans l'univers d'un couple dont les certitudes vacillent.
Comme les nôtres, d'ailleurs.

Le couple !
Le couple confronté au temps qui passe et à son usure...

Voilà bien là un sujet de recherche.

La recherche de la vérité, et quelle vérité, va nous plonger dans de multiples interrogations.

Qui la dit, cette vérité, et quelle vérité, d'ailleurs ?
Qui ment, qui dissimule, qui se livre, qui se cache ?

Grâce à une alternance de moments de grande tendresse, de reconquête amoureuse, mais aussi d'instants violents, l'auteur fait mouche : nous sommes rapidement perdus, et plongés dans une vraie introspection.

 

Face à ce couple sur le plateau.
Mais évidemment, il est impossible de ne pas trouver à un moment ou un autre des résonances, des échos, des réminiscences avec des situations personnelles.

Disons-le tout de suite : Fanny Cottençon et Sam Karman sont impeccables.

Par leur talent, leur justesse, leur métier, leur précision, ils arrivent à nous subjuguer.

Des comédiens moyens auraient pu transformer ce texte en une sorte de mauvais boulevard.
Ici, il n'en est rien.

 

Bien sûr, on rit.

Mais c'est un rire qui s'appuie vraiment sur les tirades, et non pas sur un jeu outrancier et exagéré.
Pas besoin de se forcer.
La rigueur du texte est suffisante : les formules « schmittiennes » sont dites avec la plus grande des élégances.

La mise en scène de Jean-Luc Moreau est à l'avenant.
Une sobriété et une efficacité de très bon aloi permettent elles aussi d'éviter ce qui aurait pu être catastrophique.
Là aussi, le danger était grand de faire surjouer les comédiens et de tomber dans la caricature.

C'est véritablement la parole échangée qui va permettre aux deux personnages de proposer une hypothèse sur ce que deviennent les relations conjugales et amoureuses alors que le temps joue sa partition.

Cette histoire d'amour là s'inscrira-t-elle au nombre de celles qui finissent mal en général, comme chantaient Catherine Ringer et le regretté Fred Chichin ?

Bien entendu, je vous laisse aller chercher la réponse à cette question au théâtre Rive-Gauche.

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"Petits cimes conjugaux", d'Eric-Emmanuel Schmitt
M. e. s. Jean-Luc Moreau
Théâtre de la Rive Gauche
(Paris XIVème)

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