Monsieur Kaïros

Publié le par Yves POEY

Yann Collette - Fabio Alessandrini - (c) Photo Y.P. -

Yann Collette - Fabio Alessandrini - (c) Photo Y.P. -

On entend un avion qui décolle.

Un homme est assis à son bureau, derrière un ordinateur portable.

C'est un écrivain qui achève son prochain roman, dont le thème principal est consacré aux médecins humanitaires.
Son héros, l'un de ces toubibs du bout du monde, se démène à lutter contre la mort des populations décimées par les conflits armés.

Soudain, derrière un rideau de lamelles de tissus blanc, une silhouette se découpe, en contre-jour.
Puis, toujours aussi subitement, cette ombre traverse le rideau !

Un homme en smoking a surgi sur la scène.

L'écrivain, étonné, choqué, va poser beaucoup de questions à cette apparition afin de savoir qui vient le troubler dans son acte d'écriture.

Par la précision des réponses apportées à ces questions, des réponses connues de l'auteur seul, on comprend assez rapidement que cet homme en smoking n'est autre que le personnage du texte que le romancier est en train d'écrire.

Pirandello n'est pas loin. Encore un personnage en quête d'auteur.

Voilà bien là le thème de cette pièce fantastique : quel est le lien entre la fiction et la réalité, quels sont les rapports entre identité et apparence ?

Les interrogations vont se poursuivre, fortes, de plus en plus précises, d'autant que les deux comédiens présentent une troublante ressemblance.
Des interrogations importantes : pouvons-nous choisir notre vie, sommes-nous libres d'agir à notre guise, pouvons-nous vraiment prétendre à la notion de libre-arbitre ?

Ce beau texte littéraire, que l'on doit à Fabio Alessandrini (qui interprète également le rôle de l'écrivain) nous replonge également dans la mythologie, puisque « kaïros » désignait une divinité grecque qui avait le pouvoir , en un instant, de changer notre existence.

En avons-nous raté, tous autant que nous sommes, de ces moments qui auraient pu faire tout basculer !

Yann Collette, toujours aussi remarquable, donne la réplique, dans la peau du personnage de l'écrivain.
Les deux comédiens forment un duo réellement cohérent, donnant toute sa force à ce nouveau moment de théâtre dans le théâtre.

Les deux sont crédibles dans ce face à face tendu, âpre, tranchant, formant à eux deux une seule et même entité, Théodore l'auteur et son personnage dont on connaîtra jamais le nom.

Une pièce troublante, à l'écriture acérée, servie parfaitement par deux comédiens en pleine possession de leurs moyens.

Un bel hommage au grand Luigi.

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Monsieur Kaïros

de et m.e.s. Fabio Alessandrini

Théâtre Lucernaire

du mardi au samedi, 21 heures,

Jusqu'au 6 décembre.

http://www.lucernaire.fr/theatre/808-monsieur-kairos.html

Publié dans Critique

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