Cyrano de Bergerac

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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On ne change pas une équipe qui gagne !

Surtout lorsque cette équipe n'est autre que celle du Grenier de Babouchka, la compagnie théâtrale animée par Jean-Philippe Daguerre.

Cette saison, ses camarades et lui ont élu domicile au très joli théâtre du Ranelagh.
Ils vont y jouer deux pièces, Le Cid, dont j'avais déjà écrit le plus grand bien ici-même, et celle qui nous intéresse plus particulièrement aujourd'hui : Cyrano de Bergerac.

Fidèle à sa démarche, Jean-Philippe Daguerre nous en propose une version on ne peut plus alerte, enlevée et survitaminée.

Bien entendu, on connaît le texte de la pièce, sa force, sa profondeur, sa grandeur, son émotion, aussi.

Le metteur en scène a su exalter tout ceci, en proposant durant ces deux heures un rythme très soutenu, quasi endiablé !

Ici, les corps se touchent, s'attirent, se repoussent, les épées se croisent, les poings se lèvent !
Pas un seul instant de répit.

Le héros de cette passionnante version est incarné par Stéphane Dauch.
Que de présence, que de force, que de tension dramatique ce comédien nous propose.
Mais également que d'émotion : ses scènes finales sont bouleversantes !

Cependant, c'est également un Cyrano sonore, musical.

On entend le choc des épées, on écoute chanter les cadets de Gascogne, et surtout, on apprécie une trouvaille formidable : l'emploi assez particulier du merveilleux violoniste Petr Ruzicka.

Ce musicien, affublé de la même prothèse nasale que Cyrano, va le suivre en permanence, comme une sorte de double, l'accompagnant de son violon.
Le maître a l'épée au fourreau, le valet, lui, tel un Sganarelle gascon, tel une âme plus ou moins damnée, a l'archet qu'il porte lui aussi parfois au côté.

Le reste de la distribution est à l'unisson, à l'image de l'excellente Charlotte Matzneff, qui incarne une Roxane très juste, très crédible.
On mesure grandement à la toute fin le désarroi de son personnage. Elle a compris trop tard. Il est mort.

Mention spéciale à la costumière Corinne Rossi, qui, par son savoir-faire et son goût très sûr permet elle aussi à Daguerre de mettre en avant son théâtre.

C'est un théâtre de Compagnie, des copains qui se retrouvent tous les jours et qui jouent, c'est un théâtre de tréteaux, pas besoin de décors ou de grands effets.
Tout est dans les corps, les costumes et le talent des comédiens.

Une nouvelle fois, le metteur en scène gagne son pari.
Dans la salle, c'est un tonnerre d'applaudissements qui salue la prestation des comédiens.
Beaucoup d'enfants, captivés, subjugués, pour qui le charme du théâtre opère pleinement.

En entendrait parfois une mouche voler pendant les tirades.
C'est un signe qui ne trompe pas !

Au final, voilà un Cyrano enthousiasmant, généreux, plein de vie.
Un Cyrano accessible à tous, qui exalte et nous démontre de bien nobles sentiments, et qui nous rappelle parfaitement à quel point ce texte est un chef-d'oeuvre de la littérature française.

Merci, Jean-Philippe Daguerre.
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A l'issue de la représentation, j'ai rencontré le metteur en scène qui est revenu à mon micro sur la genèse de cette production, sur son parcours et ses projets.
Ce sera pour demain.

Cyrano de Bergerac
Cyrano de Bergerac

Publié dans Critique

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