Avant de s'envoler

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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Florian Zeller ou l'invitation à se perdre dans plusieurs trames narratives...
Dépasser la réalité.
Transcender le vrai, le faux.


C'est à nouveau à ce genre de rendez-vous que nous sommes conviés.


Cette fois-ci encore, la recherche de la vérité (et quelle vérité ? ) se fait toute relative.

 

André et Madeleine, ce vieux couple, nous perdent dans les méandres de tous les possibles.
Quel passé ont ces personnages, dans cette petite maison à la campagne ?
Quel avenir ont-ils ?
Qui est vivant, qui ne l'est pas ?
Leurs enfants, pourquoi donc ont-ils décidé de leur rendre visite ?
Leur maison sera-t-elle vendue, pourquoi le gendre agent immobilier est-il ici ?
André intègrera-t-il la maison de retraite, avec le parc et le lac aux canards ?


La réponse à ces questions nous est bien indifférente, finalement.
Ce qui compte, ce sont les émotions.


Et les émotions, croyez-moi, elles sont là !


Dès le lever du torchon.
Il est là. Sur la scène.
Le jeune homme de 91 ans.
Il nous tourne le dos, en gilet et en pantalon de velours côtelé.
Lui, c'est évidemment Robert Hirsch.


La pièce commence, il n'a pas tout de suite de texte. Il écoute sa partenaire.
Et puis tout à coup, sa voix s'élève.
Cette voix aisément identifiable entre toutes.
Intacte. Envoutante. Puissante. Emouvante.


Tout au long de cette heure et demie, il sera extraordinaire, et le mot est bien faible.
Il est bouleversant, dans son rôle de vieil écrivain acariâtre. (Non, ce n'est pas la suite de « Père » du même Florian Zeller.)
Il est lui. Robert Hirsch.

Le monstre sacré.


Qui n'a rien perdu de son immense talent, et qui m'a une nouvelle fois fasciné.


Mais il ne faudrait pas oublier le reste de la distribution.


Isabelle Sadoyan (Madeleine) est elle aussi formidable.
Elle m'a beaucoup touchée, c'est peut-être elle qui a la partition la plus difficile, dans son rôle d'épouse.


Claire Nadeau, épatante, égale à elle même, campe avec brio et drôlerie cette étrange femme en manteau fuchsia, pour qui tout semble aller de soi.


Les « petits jeunes » sont à l'avenant.
Ils assurent, Anne Loiret, Lena Breban (les deux filles), et François Feroleto (l'agent immobilier, chéri de la cadette.)


La mise en scène de Ladislas Chollat a totalement et efficacement intégré cet apparent manque de logique dans les différentes narrations parallèles.
Il nous balade, aidé en cela par les jolies lumières d'Alban Sauvé.


« Au plus fort de l'orage, il y a toujours un oiseau pour nous rassurer. C'est l'oiseau inconnu. Il chante avant de s'envoler. »
Voici le poème de René Char qui a donné son titre là aussi plein d'émotion (et pour cause...) à cette pièce.

 

Cette pièce-là, très forte, très habile nous déstabilise en permanence.
C'est sa grande force.


Au final, nous aussi, nous nous sommes envolés.
Quelque part.
Ailleurs.
Puis, nous sommes redescendus. Il a bien fallu...
Bouleversés.


Je ne voudrais pas terminer sans évoquer le merveilleux clin d'oeil en forme d'hommage à Robert Hirsch que Zeller a glissé dans son texte.
A un moment, on apporte un beau bouquet.
Dans ce bouquet, le personnage de Robert Hirsch constate qu'il n'y a pas de carte.
Ca ne vous rappelle rien ?


 

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Avant de s'envoler - de Florian Zeller
M. e. s. de Ladislas Chollat

Théâtre de l'Oeuvre - 55 rue de Clichy - Paris.

Du 5 octobre 2016 au 15 janvier 2017 - 21h00

Publié dans Critique

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