Vania (d'après Oncle Vania)

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P.

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Décidément, cette saison 16-17 au Français démarre sur les chapeaux de roues !

Après « L'Interlope » au Studio-Théâtre, et juste avant les prometteurs « Damnés » à Richelieu, ce Vania de Julie Deliquet, d'après Tchekov, est une vraie réussite !

« Patronne » du collectif In Vitro, la metteure en scène ne pouvait que s'attaquer à l'auteur russe, pour qui il importe avant tout, non pas de traiter seulement d'un individu en particulier, mais d'un groupe de personnages.
Le collectif ! Le groupe !

Elle a donc adapté le texte du grand Anton, dit-elle, « pour retirer ce qui pouvait nous ramener trop directement à la Russie, et nuire à une forme d'Universalité. »

Alors, évidemment, faut-il être sûre de son coup pour se permettre d'adapter Tchekov, pour entreprendre ce travail de déconstruction-reconstruction !

Si ça fonctionne ?
Oh que oui !

Julie Deliquet a su conserver toute l'humanité de cette pièce, elle a réussi à en extraire ce qui en fait sa substantifique moelle, tout en conservant la volonté de produire un théâtre de l'instant, en prise réelle avec la vie.
La disposition de la « scène », qui n'en est pratiquement plus une, au milieu du dispositif bi-frontal  des spectateurs vient renforcer cette volonté d'abolition de la distance comédiens-public.

Ces sept personnages, nous captivent, nous interpellent vraiment.
Je défie quiconque, dans ce monde finissant auquel il nous est donné d'assister, de ne pas se retrouver à un moment ou à un autre dans ces relations « intra et inter-couples », ces relations faites de passions, d'attractions, de répulsions, de dits et de non-dits.

Alors, oui, si tout ceci fonctionne, c'est également parce que Julie Deliquet a à sa disposition une écurie de Formule 1.
Je veux évidemment parler des sept comédiens, tous plus remarquables les uns que les autres, qui nous font passer par toute une palette d'émotions.

Chaque soir, ils s'approprient toutes ces solitudes, toutes ces difficultés à vivre, ces impossibilités à atteindre le bonheur.
Chaque soir, ils doivent même les réinventer, étant associés directement au processus de création, clef du travail de la metteure en scène.

Laurent Stocker, dans le rôle-titre est somptueux, grandiose, incroyable, bouleversant, les qualificatifs vont finir par manquer pour évoquer le jeu de ce grand comédien.
Oui, j'ai dû essuyer une larme à l'écouter...

Anna Cervinka est également parfaite, elle a su rendre sa Sonia (Sophia Alexandrovna pour les intimes) déchirante. Là encore, que d'émotion !

Dominique Blanc, cheveux gras et énormes lunettes grossissantes est très drôle en Maria dévoreuse de « brochures ».

Stéphane Varupenne, en médecin préoccupé par la déforestation et qui en arrivant dans la petite communauté va déclencher (malgré lui ?) les passions, est parfait lui-aussi.
Il confirme encore et encore la grande étendue de son registre.

Florence Viala est une Elena virevoltante et troublante, objet de bien des convoitises.

Noam Morgensztern campe un Ilia Illitch toujours un peu dépassé par les événements.
Nous avons également découvert ses qualités de pianiste.

Et puis, il y a mon héros.
Et puis, il y a Hervé Pierre, qui me ravirait rien qu'en l'écoutant lire l'annuaire inversé des entrepreneurs de pompes-funèbres.
C'est son personnage qui va déclencher l'orage et le climat de furie de la dernière partie de la pièce.
En vieux professeur à la retraite pédant, (la scène de projection du fim de Dreyer est épatante), hypocondriaque, toussant en vapotant en permanence, il est une nouvelle fois excellent.

Quelle formidable soirée que ces deux heures de relecture tchekovienne !
Quelle rentrée !

Beaucoup de casse sur le plateau ! (c) Photo Y.P.

Beaucoup de casse sur le plateau ! (c) Photo Y.P.

Publié dans Critique

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