Politiquement correct

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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Vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas !

C'est au final (au tout final) la morale de cette fable politico-sentimentale ou sentimentalo-politique, au choix.

23 avril 2017.
Le soir du premier tour de l'élection présidentielle.

La candidate de l'extrême-droite, leader du parti « le Front » (elle ne sera jamais nommée, mais suivez mon regard...), cette candidate est qualifiée haut la main pour le deuxième tour.

Le même soir, Mado (l'excellente Rachel Arditi), prof d'histoire aux idées et aux convictions  fortement ancrées à gauche, va éprouver un coup de foudre réciproque pour Alexandre (le non-moins excellent Thibault de Montalembert), avocat et par ailleurs militant et cadre de ce « Front » d'extrême-droite.

Pendant une heure et demie, cet amour entre deux personnes aux idées diamétralement opposées sera (apparemment) le sujet de cette pièce.

Peut-on aimer quelqu'un qui ne partage pas du tout mais alors pas du tout les mêmes idées politiques que vous ?
Est posée bien entendue la question de l'identité politique de chacun.

Salomé Lelouch, auteure et metteure en scène, sous couvert de cette interrogation, va accumuler très habilement et volontairement les clichés qui font que certains, par paresse intellectuelle, par ignorance ou par peur, envisagent de porter au pouvoir un parti xénophobe et raciste apparemment dédiabolisé.

Et fusent les « On ne l'a jamais essayé », « Ca ne peut pas être pire que maintenant », « Les autres sont tous pourris », « De nos jours De Gaulle et Jules Ferry seraient d'extrême-droite », j'en passe et des pires.

Là où l'écriture est vraiment habile, c'est qu'il faudra attendre la toute fin de la pièce pour la démonstration et la dénonciation de la dangerosité de ces types de raisonnements.
Cette fin m'a bluffé, mais je n'en dirai évidemment pas plus.

Je vous rassure, une certaine gauche en prend également pour son grade. Cette pièce n'est pas angélique, et j'ai cru comprendre que la metteure en scène avait connu, comme pas mal d'entre nous, bien des désillusions récentes. (Là encore, suivez mon regard...)

Le quintet de comédiens fait mouche, et les trois autres rôles provoquent souvent bien des rires et fous-rires.

Le copain frontiste aux idées nauséabondes (Bertrand Combe), la militante marxiste pas communiste ! (Ludivine de Chastenet), ainsi que le propriétaire du restaurant (Arnaud Pfeiffer) où se déroule l'action sont eux aussi excellents, et servent parfaitement les intentions de l'auteure.

La mise en scène est alerte, vive, parfois volontairement un peu déroutante, on ne sait pas toujours dans quelle direction va aller la pièce qui se déroule dans un décor réduit à sa plus simple expression, un comptoir de bar modulaire.
Ainsi tout le monde se concentre sur le texte et le jeu des comédiens.

Une belle soirée où l'on rit, certes, mais où l'on réfléchit beaucoup pendant et surtout après !
Oui, maintenant, ceux qui ne savaient pas ou ne voulaient pas savoir, ceux-là savent.

Publié dans Critique

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