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De la cour au jardin

Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Les femmes savantes

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Oui, Molière le fait dire sans ambages à son Clitandre :

« ….............. et je vous suis garant

Qu'un sot savant est sot plus qu'un sot ignorant. »

Voilà en quelques mots résumé le propos de cette comédie.

Et ce propos, comme il n'a pas vieilli, comme il est d'actualité !


Il n'est pour s'en convaincre que de constater la profusion de pseudo-experts de tout poil sur nos étranges lucarnes et dans nos bizarres transistors...
Et de ne pas oublier que l'an passé, le Louvre confiait son Hall Napoléon à un pseudo-conservateur, autrefois conseiller d'un président de la République élu en 1981, pour organiser une exposition aussi pédante qu'inutile. (Un indice au cas où : les initiales sont J et A.... Voilà, ça, c'est fait ! )

Pour ces femmes savantes, Catherine Hiegel, ex-Doyen du Français, signe une très jolie mise en scène classique, en costumes et en décor « d'époque ».

(Somptueux, le décor : un très bel appartement bourgeois du XVIIème (siècle, pas arrondissement...) qui se transforme petit à petit en cabinet de curiosités, avec un son lot d'objets incongrus. La scène du squelette d'autruche est d'ailleurs désopilante.)

On n'est pas surpris, on sait à quoi s'attendre, on n'est pas déçu : Mme l'ex-Doyenne a véritablement su mettre en valeur texte et comédiens. Les alexandrins coulent de source !

Que demander de plus, finalement...

J'ai eu l'impression qu'elle avait pris un malin plaisir à soigner les rôles masculins, un peu plus que celui de ces dames.

Jean-Pierre Bacri fait ce qu'il sait faire de mieux, à savoir du Bacri, (son entrée est désopilante...), déclenche l'hilarité du public qui, bien souvent, à en croire les réactions, est venu pour lui.
Son jeu, outre le texte, ses mimiques, tics, gestes entre les répliques, son jeu est phénoménal.

 

Agnès Jaoui est un peu en retrait, (la production ne fait que commencer), alors qu'Evelyne Buyle campe une cougar drôlissime.

Bien entendu, le piège pour cette pièce est de transformer ces femmes réellement avides de savoirs et finalement d'une certaine forme d'émancipation en « Précieuses ridicules ».
Mme Hiegel n'y tombe pas, et c'est tant mieux.

Philippe DUQUESNE - Photo de répétition - (c) Théâtre de la Porte Saint-Martin

Philippe DUQUESNE - Photo de répétition - (c) Théâtre de la Porte Saint-Martin

Mais celui qui m'a vraiment enthousiasmé est Philippe Duquesne, en Trissotin fardé de blanc et à la canne riche en ressources liquides et alcoolisées.

 

Duquesne, qu'on adorait chez Deschamps-Makeieff en général et dans les Deschiens en particulier, (Canal plus historique...), montre la belle richesse de sa palette.
Il est en effet tour à tour pédant, hilarant, mais également fourbe, calculateur, manipulateur, inquiétant.
Une vraie réussite !

Le reste de la distribution est au top, avec notamment les anciens de la Comédie française (Catherine Ferran, Benjamin Jungers, Baptiste Roussillon...).

 

Au final, ce fut une excellente soirée.
Un classique monté avec classe et classicisme.
La tradition a aussi du bon.

Molière peut dormir sur ses deux oreilles : il a encore de bien talentueux serviteurs.

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Les femmes savantes - M.E.S. Catherine Hiegel
Théâtre de la Porte Saint Martin

Jusqu'au 30 octobre.
 

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