Le système Ribadier

Publié le par Yves POEY

Le système Ribadier -

Le système Ribadier -

Un petit rappel de vacances.......
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Et s'il existait, en plus du système Ribadier, un système Feydeau ?

Et si ce système Feydeau consistait non pas à endormir seulement Mme Ribadier (Ex-Mme Robineau, ne l'oublions jamais), mais à bel et bien nous hypnotiser nous autres, le public, et ce, durant deux heures ?

Je crois en effet que c'est ce qu'a bien compris Jean-Philippe Vidal, à La Pépinière Théâtre, qui met en scène de façon très épurée et très stylisée ce petit chef d'oeuvre feydolien.

Et le pari était assez risqué.
S'éloigner des didascalies et des indignations scéniques de l'auteur constituait un vrai pari, un vrai défi.

Ce challenge est remporté haut la main.

Je le disais un peu plus haut, c'est une espèce d'épure à laquelle nous sommes conviés.

Les spectateurs sont accueillis, rideau de scène ouvert, par un décor pratiquement réduit à sa plus simple expression : deux portes sur leur bâti de bois à cour et à jardin (oui, elles claqueront...), deux fauteuils, une bouteille et deux verres, sans oublier un fond de scène où sera projeté par le biais d'une sorte de morphing video, le nécessaire portrait de feu Robineau.

Je n'aurai garde d'oublier une moquette écossaise noire et blanche du plus bel effet, dont les motifs m'ont fait penser justement à ces dessins-illusions d'optique dans lequel on peut se perdre.
Les très jolis costumes de Fanny Brouste (le pantalon lui écossais noir et blanc de Ribadier est épatant), « assortis à la moquette », renforcent cette idée de l'illusion, de l'hypnose.

Du début jusqu'à la fin de la pièce, nous sommes véritablement investis par les problèmes de couple de ces Ribadier, par la paranoïa de l'une et par la fourberie presque désespérée de l'autre.
(Chez Feydeau, si les fous-rires sont nombreux, la désespérance n'est jamais très loin...)

Nous sommes emportés par la mécanique de Feydeau qui consiste à disséquer de façon quasiment psychanalytique les rapports entre les Ribadier, les Savinet et le pauvre Thommereux, à peine revenu de Batavia.

Si l'on rit ?
En per-ma-nen-ce !

Les zygomatiques n'ont aucun répit et sont mis à rude épreuve.

Il faut dire aussi que les six comédiens ne ménagent pas leur peine, avec dans les rôles des époux survoltés un Pierre Gérard en grande forme et une Hélène Babu parfaite de drôlerie et d'abattage.
(Elle sait placer les répliques cultes à la perfection, notamment celle où elle révèle pourquoi elle a choisi son deuxième mari... Un régal...)

Vous l'aurez compris, ces deux heures furent pour moi un vrai délice.
Je n'avais pas réussi à aller voir ce système-là avant, et j'avais vraiment hâte.
Mon attente fut vraiment à la hauteur de mes espérances.

Publié dans Critique

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