L'Interlope (cabaret)

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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Le J de « jouer » !

Le J de « joyeux, jouissif, jubilatoire, juste » !

Le J de « J'ai vu un tel spectacle, drôle et touchant à la fois ».

Oui, voilà bien là les qualités de ce moment vraiment enchanteur proposé par Serge Bagdassarian au Studio-Théâtre de la Comédie Française.

On connaît la chanson : depuis quelques années déjà, le Français nous offre des spectacles-cabarets  chantés, Philippe Meyer (dont son « La prochaine fois je vous le chanterai » nous manque tant sur France Inter...) ayant inauguré la formule.

Cette fois-ci, c'est donc Serge Bagdassarian qui s'y colle, avec cet Interlope, ce cabaret de l'entre-deux-guerres, dans lequel se produisent au cours d'une revue transexuelle quatre travestis. (Pardon, quatre artistes transformistes, pour reprendre le terme qu'emploie Camille, l'un des personnages.)

Transformistes incarnés avec un incroyable talent par Véronique Vella, Benjamin Lavernhe, Michel Favory et Bagdassarian en personne.

Ce dernier a écrit ce spectacle, l'a mis en scène et il chante avec ses trois camarades de jeu une quinzaine de chansons de cette époque, sans oublier quelques poèmes mis en musique.

Il a évité le piège : comme il était facile de tomber dans la caricature de l'homosexualité, dans l'excès, dans « la cage aux folles »...

Ici, rien de tel !

Certes, ces transformistes nous font rire (beaucoup), mais comme ils sont touchants, humains, émouvants !
Comme ils savent nous faire partager leur quotidien, leurs difficultés, leurs chamailleries et leurs amours !
La première partie, qui se passe dans la loge aide beaucoup à les comprendre, la deuxième partie étant la revue à proprement parler.

Les quatre comédiens sont re-mar-qua-bles !
En tant qu'acteurs, évidemment (on le savait), mais également et peut-être surtout en tant que chanteurs. (On commence à la savoir.)

Leurs interprétations sont parfaites, servies, il faut le dire, par le directeur musical et pianiste Benoît Urbain.
Un vrai travail vocal est ici réalisé.
Les harmonies sur le titre « Avoir un bon copain » au tempo ralenti m'ont donné le frisson : la polyphonie des quatre voix est admirable.

Les costumes, prêtés par Le Moulin Rouge sont eux aussi incroyables.
Les boas, les plumes, les casques, les gabriels, les faux-culs, les strass, les paillettes, rien ne manque !

Le tout fort bien mis en valeur par la scénographie et les belles lumières d'Eric Dumas.

On notera que même les deux musiciens sont eux aussi transformés en espèces de Mesdemoiselles Lelongbec, caricatures en chignon, robe noire et col Claudine de ces professeurs de musique ayant dégoûté à jamais du solfège des générations d'enfants.

Ce fut une soirée vraiment délicieuse, faite de drôlerie, de tendresse et d'émotion.
Un peu comme ces bonbons sucrés et en même temps acidulés, ces bonbons qui se terminent trop vite.

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Dans les jours qui suivent, je vous proposerai une interview audio de Serge Bagdassarian, qui reviendra sur la genèse de cet Interlope-là, ainsi que sur ses personnages qu'il aime vraiment.
Comme nous.

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L'Interlope (cabaret)
Studio-Théâtre de la Comédie Française (Carroussel du Louvre)
Jusqu'au 30 octobre, à 18h30.
http://www.comedie-francaise.fr/spectacle-comedie-francaise.php?spid=1529&id=516

 

Publié dans Critique

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