Géométrie du triangle isocèle

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Je vous le dis sans ambages et tout de go : cette pièce m'a laissé un vrai regret, celui de ne pas l'avoir vue plus tôt !


Un triangle isocèle possède deux côtés égaux.
Soit.


Ce qui signifie donc que le troisième côté ne l'est pas, égal...


Ici, les trois côtés, ce sont trois femmes.


Un couple. Bien établi. Une DRH, et une scientifique très pointue dans son domaine.
La troisième femme, un peu paumée (c'est parfois un euphémisme...) est l'amante de la première...


Qu'on ne s'y trompe pas : l'homosexualité n'est ici pas le sujet. Au contraire, elle permet de s'affranchir d'un certain nombre de facteurs pouvant parasiter l'étude minutieuse des relations existant entre ces trois-là.
Minutieuse, car l'auteur, Franck D'Ascanio nous livre un petit bijou de texte, intelligent, prenant, d'une finesse diabolique.


Rapports amoureux, certes, mais surtout rapports de domination, de pouvoir, voire de perversité sur l'autre : d'Ascanio propose une dissection sans concession de ces relations à la fois triangulaires et ambigües.


Pinter n'est pas loin, Choderlo de Laclos, non plus...
Comme une espèce de rendez-vous à mi-chemin entre ces deux auteurs.


Alors bien, entendu, il fallait une distribution à la hauteur de ce texte exigeant.


Faut-il être talentueuses tout de même pour rendre sur scène tous les aspects sombres du propos, sans tomber dans une mièvrerie ou une caricature de mauvais aloi !


Elles en ont du talent, Marie Herivan, Mélanie Journeau et Florence Fournier, ce trio bellifontain de haute volée. Et pas qu'un peu !


Mélanie Journeau, qui met également ce triangle en scène, a choisi d'être minimaliste. Le décor est épuré, réduit à des fauteuils et deux chaises, qui permettent à un ou deux personnages d'être assis de dos.
Ainsi, elle a permis aux corps de bouger judicieusement dans cet espace, de s'attirer, de se repousser, de se caresser...

L'exercice était à risque : ce qui pouvait se révéler être un vrai désastre, vu la force du texte, est ici une lumineuse réussite. Tout le monde est crédible, d'un complet engagement et d'une totale justesse.
J'étais complètement pris, pendant une heure et demie, par les enjeux évoqués.
Le jeu de Marie Herivan suit une progression glaçante, Florence Fournier et Mélanie Journeau  nous émeuvent beaucoup.

On l'aura compris, j'ai été bouleversé, conquis, subjugué par cette pièce dont la fin est elle aussi d'une vraie subtilité.

Je ne regarderai jamais plus de la même façon mes hortensias.
Ni mon dentiste, d'ailleurs.

Précipitez-vous au théâtre Essaïon, vous dis-je !

--------

Dans les jours qui viennent, je vous proposerai une interview audio des trois comédiennes qui reviendront sur leur personnage et ce texte passionnant.

--------
Géométrie du triangle isocèle
Théâtre Essaïon - Rue Pierre au Lard (IVème) - PARIS

Le jeudi, vendredi, samedi à 21h30.
Jusqu'au 1er octobre.

Publié dans Critique

Commenter cet article