Monsieur de Pourceaugnac

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P.

(c) Photo Y.P.

La Grâce !
Durant deux heures, la Grâce a enveloppé les Bouffes-du-Nord !


Ce Monsieur de Pourceaugnac-là n'est pas un spectacle, c'est un plaisir à l'état pur !

Molière, Lully, Clément Hervieu-Léger, le metteur en scène, William Christie, le directeur musical, les comédiens, les musiciens des Arts Florissants nous ont offert des moments rares.

De ces moments qui vous réconcilient avec le genre humain, de ces moments qui vous rendent purement et simplement heureux.

Mais un petit retour en arrière s'impose.


6 octobre 1669, Chambord.
Molière présente au roi et à sa cour une pièce en trois actes.
Mais pas n'importe quelle pièce !
Poquelin a voulu un « spectacle total », comme on dirait de nos jours.
Avec son compère Lully, il sont allés au-delà de la comédie-ballet : la musique, le chant et la danse vont faire totalement partie de la dramaturgie.

L'un des grands mérites de Clément Hervieu-Léger est d'avoir bien compris ce parti-pris et de l'avoir lumineusement mis en avant.
En s'adjoignant les illustres services de William Christie, il a parfaitement su exploiter ce mélange des genres pour créer un formidable spectacle.
Sa mise en scène est à la fois ample et précise, aérienne et enlevée.
En tant que familier de la danse classique, il possède un sens affirmé de l'espace : il sait où placer les corps, il sait comment les faire bouger, évoluer, comment les faire se déplacer, les regrouper, les isoler.
Le tout, avec une élégance et délicatesse rares.

 

Sans oublier une irrésistible drôlerie qui provoque durant ces deux heures bien des rires et fou-rires.

Et pourtant, Molière nous raconte une histoire bien cruelle, une vraie descente aux enfers : M. de Porceaugnac, sur fond (déjà....) d'opposition Paris-Province, en étant empêché d'épouser sa Julie, va totalement perdre son identité propre, eu fur et à mesure que l'action se déroule.

Gilles Privat, dans le rôle-titre, est épatant de drôlerie (la scène des clystères est impayable) et d'humour (ses improvisations au balcon sont excellentes) !
De plus, il réussit également à rendre très palpable le désespoir qui envahit son personnage : on rit de ce gentilhomme limougeaud, mais on souffre également pour lui.
La compassion et la pitié ne sont pas loin.

Gilles Privat - (c) Photo Y.P.

Gilles Privat - (c) Photo Y.P.

Les autres comédiens sont également à l'avenant !

Daniel San Pedro est un Sbrigani on ne peut plus roué ! (Il est délirant en matador castillan, au féroce accent ! )
Clémence Boué incarne une Nérine du même acabit.
Ces deux-là ne ménagent pas leur peine.

Quant à Matthieu Lécroart, il nous propose avec brio et maestria un médecin tel qu'on n'en voudrait pas rencontrer tous les jours !

Il faut noter sa belle voix de baryton-basse.

D'ailleurs, d'autres comédiens eux aussi chantent, et de belle façon : Cyril Constanzo (basse), Claire Debono (soprano), et Erwin Aros (haute-contre).

Mention spéciale à Caroline de Vivaise qui a créé de très jolis costumes années 50.

Et puis, il y a l'un de mes héros !

William Christie, au clavecin et à la direction musicale est purement et simplement merveilleux.
Lui aussi s'amuse beaucoup, étant inclus dans la dramaturgie.
Etant assis tout près de lui, j'ai pu le surprendre à rire également des facéties des comédiens.

Deux heures de bonheur, vous dis-je !

A l'unisson de ce que chante le choeur dans le dernier intermède :

« Ne songez qu'à vous réjouir,

La grande affaire est le plaisir ! »

William Christie et les Arts Florissants - (c) Photo Y.P.

William Christie et les Arts Florissants - (c) Photo Y.P.

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