Un songe d'une nuit d'été

Publié le par Yves POEY

© Photo Y.P.

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Depuis 1595, ce qui ne nous rajeunit guère, on connaît la chanson shakespearienne !
Pour le grand Will, rien ne va plus au Royaume des fées.

A la suite d'une sévère scène de ménage entre le roi Obéron et la reine Titania, le petit monde athénien est tout chamboulé.
Le lutin Puck va semer trouble et zizanie chez les mortels : chacun perdra sa chacune, mais ce sera pour mieux la retrouver au prix de bien des péripéties.
Quant au couple royal, le rabibochage sera de mise.

On l'aura bien entendu remarqué, cette pièce est intitulée « UN songe d'une nuit d'été », et non pas « LE songe d'une nuit d'été ».
En effet, le metteur en scène Antoine Herbez a choisi d'adapter la pièce.
Et ceci, d'une façon très, mais alors, très maligne.

Pour ce faire, il a créé un « mix » entre le texte original et l'opéra « The fairy Queen » qu'avait composé Purcell pratiquement un siècle après la première représentation de la pièce.

Et le mélange fonctionne au-delà de toute espérance, grâce à la petite troupe qui pendant une heure et demie nous plonge dans un délicieux univers.

Musiciens baroques, comédiens/chanteurs lyriques, tous nous enchantent oreilles et yeux.

Ils jouent, ils chantent (très bien), ils exécutent des tours de magie, ils s'amusent (c'est évident), ils s'étreignent, il s'attirent, se repoussent...
Pas un seul instant, on n'est lâché.
(Des applaudissements pendant le spectacle même sont le signe indiscutable du ravissement du public.)

Comme on dit de nos jours, ils assurent grave, Alice Picaud au violoncelle, Marie Salvat au violon et Victorien Disse à la guitare baroque et au théorbe.

Les voix sont à l'avenant, notamment celle d'Orianne Moretti-Titania qui incarne une fascinante et sensuelle Reine des Fées.
Maxime de Toledo-Obéron n'est pas en reste, avec un joli timbre de baryton.
(Je jurerais presque que dans ses parties parlées, il s'amuse à prendre parfois des accents à la Lambert Wilson...)

Le Puck de Francisco Gil est bondissant, tourbillonnant, pétillant !
Si la folie de Christian Hecq dans la version de Muriel Mayette au Français n'est pas là, il n'en reste pas moins vrai qu'il est très drôle et qu'il déclenche beaucoup de rires.
Sa transformation en âne est très réussie.

Mention spéciale à la scénographe Charlotte Villermet, qui a utilisé de jolis contre-jours et de grands panneaux noirs laqués amovibles, symbolisant tour à tour les murs d'Athènes et les arbres de la forêt voisine.

© Photo Y.P.

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Les costumes de Madeleine Lhopitalier sont très réussis et font immanquablement songer au peintre Arcimboldo.

J'ai quand même un petit regret.
Pour moi, le songe d'une nuit d'été, c'est également l'irruption du théâtre dans le théâtre.
Ici, toute la partie shakespearienne de la production d'une pièce à la gloire de Thésée par des comédiens amateurs branquignols a été passée à la trappe.
Bon. Je savais qu'il s'agissait d'une adaptation.

Au final, il n'en reste pas moins vrai qu'on passe une excellente et poétique soirée.
Pas encore en été, mais excellente tout de même !

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Un songe d'une nuit d'été
D'après W. Shakespeare et H. Purcell
M.e.s. Antoine Herbez

Théâtre 14 - Jusqu'au 1er juillet.
http://theatre14.fr/

© Photo Y.P.

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Publié dans Critique

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