Un fil à la patte

Publié le par Yves POEY

Georges Feydeau - Photo Paul Nadar / (c) RMN Grand Palais - Retouche Y.P.

Georges Feydeau - Photo Paul Nadar / (c) RMN Grand Palais - Retouche Y.P.

Eric Ruf, Administrateur de la Comédie Française, avait donc décidé pour sa première véritable saison à ce poste de programmer une nouvelle fois ce Fil à la Patte.
Et il a bien fait !

Il faut tout de suite être clair : pour avoir un bon "Fil à la Patte", il faut avoir sous la main un bon Bouzin.
Comment ne pas penser ici à Robert Hirsch mis en scène par Jacques Charon en 1970...

Ici, encore une fois, pas de changement, c'est l'hilarant Christian Hecq qui s'y colle et qui interprète ce clerc de notaire littérateur et chansonnier à ses heures, moi j'pique des épingues et on m'a fait du pied d'cochon truffé.

J'ai déjà vu à trois reprises cette version mise en scène par Jérôme Deschamps, et à chaque fois, je pleure de rire devant l'abattage, la gestuelle extraordinaire, la vis comica de Hecq.

(Petite anecdote personnelle : j'ai eu la chance d'être assis au premier rang, pour la représentation de ce vaudeville, un soir de décembre 2013. A l'entracte, le rideau tiré, Hecq est venu sur scène présenter la traditionnelle tombola pour les anciens comédiens. Il l'a fait dans la peau de Bouzin, avec la diction, les tics, les mimiques du personnage, ainsi qu'en interpellant les spectateurs, dont votre serviteur. Je crois que je n'ai jamais autant ri de ma vie. Ce fut un moment désopilant. Un moment rare.)

Mais je reviens à la pièce.
Jérôme Deschamps a su comme personne mettre en place cette mécanique feydolienne implacable.
Il est en effet très difficile de monter Feydeau. Cet auteur, grâce à un texte où regorgent les bons mots, les quiproquos, les répétitions, grâce à ses didascalies très précises, tend à chaque fois un piège au metteur en scène avec une question difficile à résoudre : comment faire pour trouver un équilibre entre les directives très précises écrites et l'aspect échevelé de l'intrigue ?

Le papa des Deschiens s'en est admirablement sorti : le public a l'impression que tout est simple, facile. Ca coule de source, ça roule tout seul, pourrait-on penser.
Et pourtant, que de travail, que de précision...

Les comédiens français ne sont évidemment pas étrangers à cette précision.
J'ai un faible pour Stéphane Varupenne, en Fernand de Bois d'Enghien, le futur jeune marié. Je crois que j'ai même une petite préférence concernant son interprétation à celle d'Hervé Pierre qui avait créé le rôle dans cette mise en scène.
Celui qui incarne en ce moment Britannicus sur ces mêmes planches, parvient à conjuguer parfaitement dans ce rôle la drôlerie, la fourberie, mais également une certaine forme de désespoir : on est presque ému par ce que doit déployer d'inventivité cet homme. On aurait même parfois envie de l'aider, devant toute cette adversité qu'il a lui-même provoquée.
Chez Feydeau, le désespoir n'est jamais très loin du rire.

Mention spéciale également à Serge Badassarian, en Fontanet "halitosé", qui place admirablement la célèbre réplique "Comme je pus !"
Thierry Hancisse, en général d'opérette, est parfait.

Les filles sont également remarquables, que ce soient Florence Viala et Coraly Zahonero en alternance dans le rôle de Lucette Gauthier, Georgia Scaliet ou Claire de la Rüe du Can en Viviane, ou Clotilde De Bayser, hautaine à souhait, dans le rôle de la Baronne.
Christian Gonon, quant à lui, est une Miss Betting britanniquement haute en couleur.

On l'aura compris, ce spectacle est une autre valeur sûre du Français, qui permet pendant deux heures trente un vrai bon moment de franche hilarité.

Par les temps qui courent, ça n'est pas à dédaigner...


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Un fil à la patte - de Georges Feydeau
Comédie Française - Salle Richelieu
Jusqu'au 24 juillet prochain.

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Je ne résiste pas à l'envie de vous repasser l'entrée en scène de Bouzin-Christian Hecq.
La pièce fut en effet l'objet d'une captation en 2011.
C'est également l'opportunité de revoir l'immense Dominique Constanza.

Publié dans Critique

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