Un chapeau de paille d'Italie

Publié le par Yves POEY

Eugène Labiche - (c) Photo Félix Nadar retouchée Y.P.

Eugène Labiche - (c) Photo Félix Nadar retouchée Y.P.

En mettant en scène ce Chapeau de paille d'Italie, Giorgio Barberio Corsetti a bien compris une chose : chez Labiche, la mécanique du vaudeville est une mécanique de l'urgence, de l'inéluctabilité, de l'enchaînement des fatalités...


Ca n'est d'ailleurs pas pour rien que Bergson citait cette pièce comme exemple de ce qu'il définissait comme « l'effet boule de neige » dans son ouvrage « Le rire ».


Pendant un peu plus de deux heures, on assiste en effet à une délirante suite de péripéties qui repose finalement sur peu de choses : un futur marié doit absolument retrouver un chapeau appartenant à une femme adultère, sous peine de rupture du mariage...


De ce point de départ, Labiche réussit à mettre en place un enchaînement de situations plus drôles les unes que les autres.
C'est également une espèce de « pièce-serpent-qui-se-mord-la-queue », puisque tout le monde sait maintenant où se trouvait le chapeau.


En situant sa mise en scène dans les années 70, dans un registre kitsch vintage, costumes pat' d'éph, rouflaquettes, rock et jazz manouche, Corsetti parvient à créer un décalage pertinent qui en permanence vient renforcer le côté surréaliste de l'intrigue.

Georgio Barberio Corsetti - (c) Photo FranceTV Info

Georgio Barberio Corsetti - (c) Photo FranceTV Info

Il a beaucoup de chance, Corsetti : il sait qu'il peut tout demander aux comédiens du Français : interpréter le texte, certes, mais aussi chanter et danser.

Il a donc demandé. Et il a obtenu.

Et c'est bien un festival de grands moments d'anthologie qui nous est proposé.


Avec bien entendu Christian Hecq, (le pépiniériste Nonancourt), son myrte à la main, avec son leit-motiv « Mon gendre, tout est rompu », qui est véritablement hilarant. La scène du piano est également « énorme ».


L'interprétation d'Elliot Jennicot en espèce de dandy infatué est magistrale ! (Il est défini par Labiche comme « jeune lion »).


Gilles David, en Vézinet, tonton sourd et qui a la manie d'embrasser tout le monde, est drôlissime.


J'ai déjà vu cette pièce trois fois, et que ce soit Cécile Brune ou Danièle Lebrun, l'interprétation de ces deux comédiennes dans le rôle de la Baronne de Champigny est constituée de drôlerie et de subtilité avérées.

Pourquoi voir cette même pièce trois fois ? Tout simplement parce que la distribution au Français change souvent.
Créé par le tourbillonnant Pierre Niney, le rôle de Fadinard a été depuis repris par Benjamin Lavernhe.


Et puis Nâzim Boudjenah a remplacé Jérôme Pouly dans le rôle de Beauperthuis, le mari trompé. Il faut le voir, Nâzim Boudjenah, en robe de chambre, le pistolet à la main, tout en fureur contenue !

L'occasion également cette saison de voir débuter salle Richelieu Julien Frison, tout nouveau pensionnaire remplaçant Christophe Montenez, lui-même ayant repris le rôle de Félicien Juttner.

Mais au final, j'ai quand même un regret : celui de ne plus pouvoir applaudir Léonie Simaga.

Ah ! Léonie...
 

On aura en tout cas compris que cette pièce est une valeur sûre pour le Français, puisque reprogrammée pour la quatrième année consécutive.

Publié dans Critique

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