Ballon rond et rideau rouge

Publié le par Yves POEY

(c) Photomontage Y.P.

(c) Photomontage Y.P.

Il ne vous aura probablement pas échappé qu'une immense vague footballistique était en train de déferler sur le pays...
A cette occasion, j'ai cru me souvenir que le monde du foot et du théâtre s'étaient parfois rejoints.


On a bien sûr en tête la fameuse déclaration d'Eugène Ionesco :

Eugène Ionesco - (c) Photo Guy Breemat / INA

Eugène Ionesco - (c) Photo Guy Breemat / INA

« Il faut aller au théâtre comme on va à un match de football, de boxe, de tennis. Le match nous donne en effet l'idée la plus exacte de ce qu'est le théâtre à l'état pur : antagonismes en présence, oppositions dynamiques, heurts sans raison de volontés contraires. »

Au delà de cet évident rapprochement, des spectacles ont-ils déjà été montés sur le thème du ballon rond ?
Des pièces de théâtre ont-elles eu pour thème principal le petit monde des hommes (et des femmes, d'ailleurs) qui courent en short après la ba-balle avec un maillot sur lequel la pub est écrit plus gros que le nom de l'équipe ?
La réponse est évidemment oui.

 

Au festival d'Avignon, en 2011, la Compagnie Tandaim avait monté un spectacle intitulé « Italie-Brésil, mondial 82. »
Il s'agissait d'un « seul en scène » mettant en scène Solal, interprété par le comédien Solal Bouloudnine, accompagné par un guitariste.

Il interptétait tout une galerie de personnages hauts en couleur, en train, de regarder « le match du siècle», le quart de finale de coupe du monde en 1982.

Solal Bouloudnine - (c) Photo Compagnie Tandaim

Solal Bouloudnine - (c) Photo Compagnie Tandaim

Du 21 Mai au 12 Juillet 2014, au Théâtre du Lucernaire, Jocelyn Lagarrigue et Rainer Sievert ont écrit et mis en scène une pièce consacrée à la demi-finale de cette même coupe du monde, toujours en 1982, opposant cette fois-ci la France et l'Allemagne.
Les deux auteurs-comédiens jouaient sur l'affrontement des deux équipes, certes, mais c'était également un prétexte pour reparler de certains antagonismes du passé....

Jocelyn Lagarrigue et Rainer Sievert

Jocelyn Lagarrigue et Rainer Sievert

Cette coupe du mode de 1982 a beaucoup marqué les esprits, puisque le performer Massimo Furlan, en 2006 avait réalisé un spectacle d'une seule soirée intitulé sobrement "Foot", et au Parc des Princes, s'il vous plaÎt !

L’artiste décrivait ainsi son projet : « On entre dans le stade vide, on voit sur le terrain un homme seul. Il porte le maillot de l’équipe de France. C’est le numéro 10. On entend les hymnes nationaux. Le français, et puis l’allemand. Le conteur est assis au milieu du public. Il nous raconte le match France-Allemagne, demi-finale de la coupe du monde de football 1982. Nous sommes à Séville, en Espagne. On entend la voix du commentateur sortir des petites radios que l’on a reçues en entrant dans le stade. C’est une voix connue que l’on rattache immédiatement au monde du football. La partie commence. »

Massimo Furlan - (c) Photo Numéro23Prod

Massimo Furlan - (c) Photo Numéro23Prod

Autre comédien-danseur-chorégraphe-performer à avoir eu envie de se coltiner à la demi-finale de la Coupe du Monde à Séville opposant la France à l’Allemagne, c'est Pierre Rigal, qui en 2006, parle ainsi de son projet :
« Le scénario de cette partie reste encore dans les mémoires des enfants que nous étions à l’époque. Battiston tombe dans le coma, agressé par le gardien Schumacher. L’arbitre refuse injustement un but de Rocheteau. Les Platini, Giresse, Tigana, Trésor sont des héros. Ils défient courageusement leurs adversaires.3 – 1 pour les français dans les prolongations. Les allemands égalisent à quelques secondes de la fin. La séance de tirs au but est interminable, insoutenable. Maxime Bossis manque son penalty. »
Ce spectacle donné à l'Opéra de Paris, fut repris en 2007 au Théâtre du Rond-Point.

 

En 2007, Emmanuelle Bourdieu, Frédéric Bélier-Garcia et Denis Podalydès ont monté la comédie « Le mental de l’équipe , une fantaisie footballistique ».
Cette pièce racontait la fin d’un match au cours duquel deux équipes professionnelles s’affrontaient (les Bleus et les Rouges).
Le terrain avec les lignes blanches, les tribunes étaient recréés.
Presque rien ne manquait.
A part le ballon. Pour les comédiens, c'était sans doute plus facile !
L'argument : il ne reste que deux minutes pour inverser le score. Un joueur (Jérôme Kircher),
ancienne gloire locale, mais qui jamais ne confirma les espoirs placés en lui veut saisir l'occasion grâce à un coup-franc qu'il espère libérateur.
Il tire au but.
Ce sont bien-là les méandres de la psychologie d'un "anti-héros" qui sont analysés.

(c) Photo Philippe delacroix

(c) Photo Philippe delacroix

Bien entendu, ma petite liste ne se veut pas exhaustive.
Je voudrais néanmoins terminer par deux créations qui évoquent indirectement le football par le biais de ses "à-côtés".
Tout d'abord, en 2012, François Bégaudeau évoquait au théâtre des Célestins à Lyon la rivalité sportive entre Saint-Etienne et la capitale des Gaules qui était au centre de la pièce "Non-réconciliés".
Il s'agissait d'une parodie de débat télévisé. Quatre "experts" sur un plateau TV quelconque s’affrontaient.
La rivalité des deux villes étaient alors évoquée. La rivalité sportive, certes, mais également les antagonismes passés remontant probablement à plusieurs siècles.

(c) Photo Sonia Bercot

(c) Photo Sonia Bercot

Et puis, last but not least, comment passer sous silence la pièce du regretté Robert Lamoureux, pièce intitulée "L'amour foot" ?
Nous étions en 1993, voici vingt-trois ans, et Lamoureux évoquait sous des aspects humoristiques parfois un peu provocateurs de vraies problématiques sociétales.
Un maire était confronté à une émeute de jeunes d'un quartier défavorisé dans le centre de sa commune. Le chef des émeutiers est un surdoué du ballon rond et la gloire de l'équipe locale.
Un vrai sujet, non ?
Avec bien entendu la gouaille, le talent, la voix inimitable du papa de la 7ème compagnie !
Comment, avant de vous laisser pour aujourd'hui, comment ne pas vous en montrer un petit extrait très explicite ?
Ah ! Le foot, le foot !...

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