Alexandrins au Château (Acte VIII)

Publié le par Yves POEY

Les deux chefs des guildes des Ouvriers (Jean-Claude sur les épaules de Philippe), découvrant le parcours de la manifestation encadrée. (Huile sur toile)

Les deux chefs des guildes des Ouvriers (Jean-Claude sur les épaules de Philippe), découvrant le parcours de la manifestation encadrée. (Huile sur toile)

En Royaume de France, le climat social et le climat tout court avaient présenté ces semaines passées bien des points communs en matière de grisaille et de morosité.


Sur toutes les lèvres, une question était sans cesse revenue.
Devait-on dans notre beau pays manifester sur place pour faire avancer les choses, ainsi que le préconisait Manuel, le Co-adjuteur du royaume, ou pouvait-on encore utiliser banderoles, porte-voix, fumigènes et merguez en déambulant dans les rues de la Capitale pour lutter contre l'immobilisme ambiant ?

Alexandrins au Château (Acte VIII)

Personnages

 

François IV, Monarque du Royaume de France. Candidat à l'investiture au tournoi interne du parti au pouvoir. Rain Man.

 

Manuel, Co-adjuteur du Royaume, le menton en avant, revêtu fièrement du costume de toréador, fort prisé au pays dans lequel ses aïeux avaient naguère élu domicile.

Philippe, Chef puissamment moustachu de la guilde des Ouvriers mécontents, n'hésitant pas à appeler ses troupes à s'opposer par moult moyens à la politique de François IV et de Manuel, sus-nommés.

Jean-Claude, Autre chef à la blanche crinière et aux lunettes rondes d'une autre guilde d'Ouvriers un peu moins mécontents mais à peine que les précédents.

 

Prologue


La nourrice

 

En T-Shirt rouge, nu-pieds.

Elle a dans ses mains un fumigène rouge, une banderole de la même couleur.
Forcément.

 

To walk or not to walk ? Telle est la question !

Comme elle est présente l'interrogation !
Les peuples coléreux, de Lyon à Bondoufle

Tous, bien mécontents, tous retenaient leur souffle.
Pour eux, c'était un droit ! Il fallait marcher.
Entraînant CRS, de kevlar arnachés.
Pour le coadjuteur, le menton en avant,

On ne doit plus bouger, oui, dorénavant.
Il faut manifester de façon très statique

Quitte à multiplier d'affreuses sciatiques.
Ah ! Ca ! Dorénavant, c'est assez incongru,

Pour dire ensemble « Non ! », Faites le pied de grue.
L'affaire est plaisante pensent les syndicats

On voudrait nous parquer, taire notre fracas ?

C'est hors de question, il faut déambuler.
Qu'on puisse nous voir, et non nous juguler.
Mais m'en aller, il faut. Je les vois qui arrivent

Reprenant mon barda, m'en vais sur l'autre rive.

 

Scène 1

 

Au Château – Le bureau de François IV

 

Manuel

 

Il est furieux. Car contrarié, comme souvent.

 

Ah ! Votre majesté ! Mais j'en apprends de belles !
Dans mes grandes oreilles montent les décibels.
Je l'avais défendue cette vile manif,

Et vous l'autorisez, m'écorchant au canif ?
Mais que faites-vous donc de mon autorité !
Comment après cela ne pas être irrité ?

 

François IV

 

Amusé

 

Monsieur mon Ministre il vous faut vous calmer.
Il n'est pas de raisons de se trop alarmer.
Vous savez certain'ment que même en charentaises,

Je n'ai qu'un seul crédo : consensus et synthèse !
 

Manuel

 

Pas convaincu

 

Je le sais, ô Sire, mes raisons étaient bonnes.

Les ordres étaient donnés, de Paris à Narbonne.
Vous savez comme moi, la Police est vannée,

Le Guet est fatigué, à force d'avoiner.
Tous nos vaillants soldats ont maintenant le trac

Car viennent à manquer, fumigène et matraque.

 

François IV

 

Il insiste, se voulant convaincant.

 

Je ne partage pas ta lugubre analyse

Mon fidèle Vizir, ne fais pas tes valises.
Je l'ai pu constater au retour de Nouakchott,

Nos beaux policiers ne sont pas des chochottes.
Moi, au Stade de France, j'avais le cœur léger

Je me suis senti très bien protégé.
 

Manuel

 

De moins en moins convaincu

 

Je vous fais remarquer, ô noble Mégalithe,

Pour vous, c'est différent, on affecte l'élite !
En attendant, hélas, je les vois qui jubilent

Les Philippe et Jean-Claude, on dirait Boule et Bill !

Ils vont pouvoir bouger, tous ces manifestants

Je préfère me taire, et m'en vais, pestant !

 

Ils sortent

 

Scène 2

 

Dans le bureau du chef de la Guilde des Ouvriers.

 

Jean-Claude

 

Un sourire aux lèvres

 

Allons mon bon Philippe es-tu bien content ?
Nous allons avancer, c'était très important !

 

Philippe

 

Lui, ne sourit pas du tout

 

En effet, Collègue, nos baskets fourbirons,

Cependant, je le dis, je me fais du mourron.
Oui, car manifester, en étant encadré

C'est comme un beau moteur à zéro cylindrée...
Sapristi ! Faudra-t-il, après après demain

Que tous les argousins nous tiennent la main ?

 

Jean-Claude

 

Allons camarade, que de déception !

Ne soyons pas toujours dans la négation.

 

Philippe

 

Mais ne vois donc tu pas ce qui me contrarie ?

C'est une première en notre beau Paris !

 

Jean-Claude

 

Non, je dois t'avouer, ô terrible Pacha,

Je sèche et m'en vais donner ma langue au chat !

 

Philippe

 

Mais, on nous attribue c'est très rébarbatif

Un parcours en forme de préservatif !

 

Il montre à son camarade la terrible carte.

La terrible et très originale carte du parcours de la manifestation encadrée, autour du bassin de l'Arsenal..

La terrible et très originale carte du parcours de la manifestation encadrée, autour du bassin de l'Arsenal..

Jean-Claude

 

Certes, tu as raison ! Tels de fiers dindons

Ils vont se rengorger les natifs de Condom !
Mais ce qui est certain, mon cher et vieux pote

Nous serons innocents si la manif capote !


Ils sortent

La nourrice

 

Dans le même appareil qu'au prologue.

Le fumigène a été utilisé, la banderole est désormais déchirée...

 

Ö vous peuples ingrats, mesurez votre chance !
Quels autres gouvernants ont cette prévoyance ?
Quels autres édiles, depuis Azincourt,

Ont autant le souci de l'aspect du parcours ?

Français, je vous l'assure, en un complet calvaire,

Votre bon Souverain vous dit « Sortez couverts ! »


 

A suivre......

Publié dans Tragédie

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