Alexandrins au Château (Acte VII)

Publié le par Yves POEY

Le camarade Philippe, organisant un blocage de raffinerie, brûlant pneus et palettes - (Huile sur toile)

Le camarade Philippe, organisant un blocage de raffinerie, brûlant pneus et palettes - (Huile sur toile)

Si, au Royaume de France, tout allait mieux selon les dires et les souhaits de son Monarque François IV, (c'était ici) un homme ne l'entendait pas de cette oreille.
Cet homme, à l'oeil rond et à la terrible moustache, cet homme-là donnait des cauchemars au Prince.
Cet homme, il fallait le neutraliser.

Et vite !

Le ministère de la Sûreté générale, place Belle Vache - (Eau forte. très forte)

Le ministère de la Sûreté générale, place Belle Vache - (Eau forte. très forte)

Personnages

Emmanuel, Grand argentier du Royaume de France. Il fit carrière auparavant dans la banque privée, dont il conserve encore les costumes, les manières et la doctrine.

Bernard, Ministre de la Sûreté générale. Il commande d'une main ferme au Guet, et n'hésite pas à faire donner à tout heure de jour comme de nuit la Garde.

 

Myriam, Ministre des travailleurs de moins en moins nombreux et des chômeurs inversement proportionnels en nombre.
 

Prologue


Le choeur

 

Cent hommes et femmes en T-Shirts, nu-pieds. Ils ont des pancartes, des pneus, des fumigènes rouges, des banderoles de la même couleur.

 

Les Dieux rassemblés ont tenu leur Conseil

Oui, ce fut sur l'Olympe et non pas à Marseille.
Il leur faut secourir (car soufflent les tornades)
Nos gouvernants perdus qui sont dans la panade.

Au Royaume, en France s'installe la panique,

Un homme, oui, un seul, au Prince fait la nique !
Avec ses yeux tout ronds et sa grosse moustache

Oui, on dirait le beauf de Cabu le potache.
Mais qu'on ne s'y fie pas, il n'a qu'un mot à dire

Pour que de notre Sire il se fasse maudire.
Il siffle ses troupes, c'en sont des milliers

Qui vont sur le pavé avec leurs béliers !
Sans compter que les pneus, il s'en va les brûler

Refusant tout le temps qu'on veuille l'acculer.
Mais retirons nous donc, les voici qui s'avancent,

Commis du Royaume, prenez-donc notre place.

 

Scène 1

 

Place Belle Vache - Sûreté générale – Le bureau du Ministre

 

Emmanuel

 

D'une voix ferme et assurée. Il est furieux.

 

Seigneur ! Comment peut-on porter cette tenue !
Assurément c'est vrai ! Je préfère être nu !

Voir ce vilain Philippe en un rouge T-Shirt

Je le dis tout de go, oui, tout ceci me heurte...
Ne pourrait-il donc pas procéder comme moi ?
Du sombre costume devenir un vrai roi ?
Car enfin c'est certain, pour faire le beau gosse

Rien ne vaut Armani, Paul Smith ou Hugo Boss !
Et qu'on ne dise pas que ceci est trop cher,

Que sont trois mille euros pour tous les prolétaires !

Quand je pense que moi, ne gagnant pas bézèfe,

On veut m'assujettir à ce vil ISF !

 

Bernard

 

Il est agacé

 

Mon bon Emmanuel je crois que tu t'égares !
Il faut te reprendre voici donc un cigare.
Le problème est réel il faut neutraliser

Ce terrible leader... Commenr donc l'épuiser ?
J'avais d'abord pensé au bagne et à Cayenne,

Mais l'enferme là-bas coûterait trop de yens....

 

Emmanuel

 

Un regard chafouin

 

Il faut donc procéder avec intelligence.
Rééduquer cet homme, qu'il nous montre allégeance !
Je te propose donc, oui, de l'embastiller

De la rue le soustraire, en rayures l'habiller.
Au fond d'une cellule, assis sur une chaise

On lui fait écouter un truc vraiment balèze !
On calme ses ardeurs à ce triste utopique

En lui passant en boucle, à fond, « le flic, c'est chic » !

 

Bernard

 

Les yeux au ciel

 

L'idée n'est pas bonne mon cher Emmanuel

On risque de fâcher le Patron, Manuel !
Il a été très clair, il nous faut le subir

Ne devons nullement en faire un vrai martyr !
Peut-être que le nom de ce triste Philippe

A notre chef à tous lui fait tirer la lippe.
C'est sans doute, je crois l'origine espagnole

De celui qui voudrait danser la Carmagnole

Qui crée assurément un tel rapprochement.
Un peu comme le fer attire les aimants.

 

Emmanuel

 

En colère

 

Ah ça ! Mon bon Bernard ! Je le dis « Mais que faire ? »
Avec ce moustachu, nous vivons un enfer !
On le voit plus que moi je ne l'ai pas rêvé,
Sur le petit écran de BFMTV !

 

Scène 2

 

Les mêmes plus Myriam

 

Myriam

 

Un grand sourire, elle a, pense-t-elle, la solution.

 

Voici mes bons amis du problème la clef.
L'on doit l'amadouer, et non pas le boucler.
Il faut que notre Sire en très bon diplomate

Propose à ce Philippe un poste qui le mate !
Pour ne plus les brûler, ces pneus bien vilains,

Il faut qu'il dirige l'usine Michelin !

 

Ils sortent tous les trois, bras dessus, bras dessous, Emmanuel faisant attention à ne pas froisser son costume.

 

Scène 3

 

Le choeur

 

Même tenue qu'au prologue .

 

Triste fatalité ! Implacable destin !
Pour calmer le peuple point de vil baratin.
Comme elle est fière de son beau stratagème,

La ministre Myriam ! Croit-elle qu'il dira « J'aime »

Ce syndicaliste qu'on dit incorruptible,
Toujours très obstiné, tellement inflexible ?

Il n'est pas évident que tout ceci le calme,

Et que d'un coup d'un seul, il cesse le napalm !
Sans compter que tout ça pourrait fort l'énerver

Son sang froid il pourrait ne plus le conserver.
La marge de manœuvre est plus que très étroite,

Le Prince qui souvent a l'expression benoite

Serait fort avisé de Philippe aller voir

Sans quoi notre pays pourrait broyer du noir.
Non ! Pas de panique mais sans vouloir médire,

Ce règne finissant n'a jamais connu pire.
Ah quel cruel tourment, pour notre grand Monarque !

C'est qu'il ne faudrait pas qu'avec tous ses énarques

Il leur prenne l'envie désespérée d'ôter

Du dictionnaire le C le G le T !


 

A suivre......


 

Le jeune camarade Philippe, déjà moustachu, tentant de faire adhérer à son Syndicat une prolétaire pour l'instant peu convaincue par ses arguments - (Huile sur bois marouflé)

Le jeune camarade Philippe, déjà moustachu, tentant de faire adhérer à son Syndicat une prolétaire pour l'instant peu convaincue par ses arguments - (Huile sur bois marouflé)

Publié dans Tragédie

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