Qui connaît son classique ?

Publié le par Yves POEY

Qui connaît son classique ?

J'ai l'habitude de systématiquement lire ou relire le texte d'une pièce de théâtre avant de la voir montée sur scène.
Ce fut évidemment le cas pour le "Britannicus" mis en scène à la Comédie Française par Stéphane Braunschweig, dont je vous entretiendrai prochainement.
Je me suis donc replongé dans l'alexandrin racinien, au moyen du classique Larouse ci-dessus que j'avais (je ne sais trop comment) en ma possession.
Un opuscule publié en... 1933 !  (Je précise qu'il s'agissait cette année-là de la trente-deuxième réédition.)
J'ai donc relu la pièce, et je suis tombé à la fin sur des questions de cours, destinées à la formation littéraire des têtes plus ou moins blondes qui devaient faire leurs humanités classiques.
Je vous propose aujourd'hui de réfléchir à quelques-unes de ces questions que j'ai sélectionnées à votre attention.
Sans tomber dans l'inutile et dérisoire syndrome du "c'était l'bon temps", du "y'avait du niveau, à cette époque", ou du "mais qu'est-ce qu'ils font, maintenant, à l'école ?", force est de constater qu'on savait poser des questions, à l'époque.
Et probablement qu'on savait y répondre. (En tout cas, ceux qui avaient la chance d'arriver en position d'y répondre. Mais c'est un autre débat.)

Et nous, saurions-nous y répondre aisément ? Je nous souhaite bon courage....

Qui connaît son classique ?

Acte I

Comme la scène II finit-elle d'engager l'action ?
Montrez que le coup a porté et qu'Agrippine, dans cette fin de scène, est moins assurée qu'au début. (Cf. une situation analogue Acte IV, Sc. II)

Acte II

Pourquoi Néron n'apparaît-il pas au premier acte ?
V. 619 : quel effet produit ce vers ici et dans cette bouche ? Relevez dans la pièce d'autres vers de même nature. Et, à ce propos, que penser du réalisme de Racine dans l'expression ?

Acte III

Jugez-vous, avec Voltaire, que la scène où Néron use du même artifice qu'Arnolphe (L'école des femmes III, iv) soit indigne de cette tragédie ? (Rappelez-vous la préface : "Néron est ici dans son particulier et dans sa famille".)
Pourquoi Racine, rompant avec son habitude, a-t-il fait faire ici par un personnage la théorie de son caractère ?

Scène VIII - En dépouillant cette scène de son voile historique, replacez-la sur le plan humain et prosaïque. Comparez aux Deux Coqs de La Fontaine.

Acte IV

V. 1480 : Comment ce vers ménage-t-il la curiosité du spectateur en réservant le dénouement ? Comparez avec d'autres fins d'acte dans cette pièce et dans le théâtre de Racine.
D'après cet acte, comparez Racine à Corneille dans l'art du discours et l'utilisation de l'histoire.
Acte V

V. 1619-1646 : en comparant ce récit à celui de Tacite (Annales, XIII, 16), justifiez Racine des reproches que les Romantiques (Sainte-Beuve, Portraits littéraires, t.1) lui ont adressés sur l'excessive discrétion de son pittoresque.

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Puis à la page 91, on trouvait une série de "sujets de devoirs".
Je n'ai pu résister à l 'envie de vous en communiquer quelques-uns.

Dissertations :

- Racine a dit : "Si j'ai fait quelque chose de solide et qui mérite quelque louange, la plupart des connaisseurs demeurent d'accord que c'est Britannicus". Justifiez ce jugement.

- Parallèle de l'art racinien et shakespearien dans la peinture de l'homicide (Néron et Macbeth) et de l'ambition (Narcisse et Iago).

Et enfin, un dernier pour la route :

- Comparez le Néron de Racine à ceux de Suétone, Tacite et Renan (L'Antéchrist)....

Je ramasserai les copies le 23 juillet prochain, à l'issue de la dernière à la Comédie Française de ce Racine, mis en scène par Stéphane Braunschweig.
Qu'on se le dise !

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Demain, je vous livrerai l'acte VI de ma mienne grande tragédie "Alexandrins au Château" entreprise pour édifier grandement et pleinement les masses.

En voici le pitch  :

Alors que le petit monde de la Balle aux Pieds (Gladiateurs comme supporters) était en émoi (c'était ici), François IV, le Monarque du Royaume de France, était heureux.
Heureux comme seuls les Monarques heureux peuvent être heureux lorsqu'ils ont vraiment décidés d'être heureux !
Pour lui, tout allait mieux.

Qui connaît son classique ?

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Florence Marek 24/05/2016 19:57

J'ai le même classique et plusieurs autres dans cette même édition, héritée de ma mère et de l'une de mes tantes. Je me souviens que je tentais, déjà tèrs jeune de répondre aux dissertations. J'avais déjà le goût des lettres. J'aime beaucoup les feuilleter à nouveau, sentir l'odeur de ce papier jauni même si j'ai, bien sûr, d'autres éditions, notamment en oeuvres complètes. Si vous aimez Racine, je vous conseille la lecture du roman "L'enfant de Port-Royal" qui m'a fascinée. On apprend combien Molière a aidé Racine pour qu'il puisse représenter ses pièces au Théâtre du Palais Royal. Tout un monde à redécouvrir, encore et toujours. Merci pour votre post, c'est touchant de partager ce genre d'objets. Bien à vouis. Florence Marek

Yves POEY 24/05/2016 20:29

Oui, j'ai lu cet ouvrage : fascinant est le juste qualificatif !