L'école des femmes

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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Que la farce soit avec vous !

En effet, Christian Schiaretti, qui vient de rempiler à la tête du TNP de Villeurbanne, Schiaretti, donc, met en scène cette « école des femmes » en choisissant ce mode théâtral de la farce pour nous livrer sa version de la pièce de feu le regretté Molière.

Et, il faut le dire tout de suite, ça fonctionne à la perfection.
Les acteurs s'en donnent à cœur joie : on se maquille férocement, on grimace, on s'étreint, on se bastonne, on s'attire, on se repousse, on joue, on s'amuse : la farce, quoi.

Et le premier de ces « farceurs », c'est évidemment Robin Renucci, directeur du Centre National Dramatique des Tréteaux de France, qui accomplit dans le rôle principal d'Arnolphe un abattage incroyable, sans jamais forcer les effets, en étant toujours d'une justesse exemplaire.

Oui, il est formidable de présence scénique, de prestance, de vis comica (il faut évidemment suivre ce qu'il dit, mais il faut également et absolument le regarder lorsqu'il n'a pas de texte : c'est un plaisir de la voir réagir, esquisser grimaces, tics, et autres mimiques plus ou moins outrées.)

L'école des femmes

Et pourtant....
Pourtant, le sujet de la pièce est on ne peut plus grave : il s'agit de montrer l'emprise d'un homme sur une jeune femme, qu'il élève complètement cloîtrée depuis ses quatre ans, retirée du monde, qu'il kidnappe (n'ayons pas peur des mots) pendant treize années, afin que la « société » ne la corrompe pas.
Le tout évidemment, afin de la façonner à sa volonté pour se la garder pour le mariage, et le protéger ainsi, lui, d'un hypothétique et rapide cocufiage...

Mais plus encore que cette peur des cornes (combien de fois le mot est prononcé dans la pièce...), c'est la peur tout court que les femmes inspirent à certains hommes qui est la véritable problématique abordée par M. Poquelin en 1661.
Voilà la donnée sociologique abordée : oui, les femmes font peur à certains ! Déjà !

Car on l'aura compris, le sujet est brûlant d'actualité : un intégriste du XVIIème enferme une jeune fille dans une maison, coupée de tout, et notamment du savoir. Aujourd'hui, cet intégriste-là lui ferait porter la burqa et la priverait d'instruction.

Il n'est qu'à lire les 699ème et 700ème alexandrins de la pièce :

« Votre sexe n'est là que pour la dépendance,
Du côté de la barbe est la toute-puissance !
».

On l'aura compris, rien de nouveau sous le soleil.
Il faut l'admettre : cette image (ou plutôt cette « non-image »...) de la femme existait déjà chez nous, en France, au XVIIème siècle !

L'école des femmes

Le reste de la distribution est également épatant : Jérôme Quintard et Laurence Besson sont un couple de paysans hauts en couleur, Patrick Palmero est l'ami Chrysalde doué de bon sens qui tente de faire entendre raison à Arnolphe-Rennucci, et Maxime Mansion est formidable en Horace, criant de justesse en jeune amant d'Agnès avouant fortuitement son secret au barbon concupiscent.

J'aurai juste une toute toute toute mais alors toute petite réserve pour Jeanne Cohendy, la comédienne interprétant le rôle de la jeune femme cloîtrée qui va découvrir la vie...
J'ai eu un peu de mal à comprendre ce soir-là qu'elle passait d'un état de naïveté à celui de soumission puis d'émancipation. Mais il faut dire aussi que j'avais revu tout récemment la version d'Adjani à la Comédie-Française.

Et puis peut-être que le metteur en scène lui a demandé cette approche un peu trop linéaire à mon goût.

Il n'en reste pas moins vrai que ce spectacle, qui sera donné du 1er au 12 juin prochain à la Cartoucherie de Vincennes, est un véritable moment de bonheur et de plaisir à ne pas bouder.
Il faudra vraiment y courir !

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Juste avant cette réprésentation monterelaise, j'ai rencontré Robin Renucci, qui m'a accordé une interview.
Il y parle de la pièce évidemment, mais il évoque aussi la politique territoriale des Tréteaux de France, l'envie d'aller au plus près des spectateurs, sa volonté de proposer une vraie éducation populaire.

Il revient également sur l'installation ratée du Centre Dramatique National à Montereau.

C'est demain qu'il faudra cliquer sur la petite flèche....

C'est demain qu'il faudra cliquer sur la petite flèche....

Publié dans Critique

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