Développement du rail

Publié le par Yves POEY

(c) Photo La Compagnie des Rails -

(c) Photo La Compagnie des Rails -

Il est rare que je remercie sincèrement la SNCF d'avoir supprimé le TER de 17h12 du vendredi en provenance de Laroche-Mignennes à destination de Paris-Gare de Lyon (c'est du vécu, non ?), surtout quand cette suppression s'accompagne d'autant d'informations et d'explications que de steak haché dans un hamburger vegan.
Et pourtant, ce fut le cas, vendredi dernier, alors que je dus me rabattre, contraint et forcé, sur le 18h12. (M. Pépy qui préside à la destinée de la SNCF a en effet demandé récemment à ses ferroviaires troupes de prévoir un cadencement horaire. Les troupes ont obtempéré et c'est tant mieux.)
A la verticale de Montgeron-Crosnes (les amateurs de précisions se régalent...), un jeune gaillard, en bermuda rose, chemise et noeud pap' assortis s'installe en face de moi, sur la banquette restée libre.
Les couleurs acidulées de son équipage étaient en train de m'interpeller, lorsque tout à coup, j'entends derrière moi, une voix déclamer :

"Ah, que cela est beau ! les belles statues ! le beau marbre ! les beaux piliers ! Ah, que cela est beau, qu’en dites-vous, Monsieur ?"


Je me retourne, et vois un laveur de carreaux en bleu de travail virevolter dans l'allée du wagon, Sganarelle des temps modernes, provoquer la stupéfaction des voyageurs.
Mon voisin rajuste son noeud pap' et tel Dom Juan au mieux de sa forme lui répond :


"Qu’on ne peut voir aller plus loin l’ambition d’un homme mort, et ce que je trouve admirable, c’est qu’un homme qui s’est passé durant sa vie d’une assez simple demeure, en veuille avoir une si magnifique pour quand il n’en a plus que faire."


Et les deux de poursuivre leur "dialogue"....

Vous l'avez bien entendu compris, ces deux compères sont des comédiens et nous jouent une partie de la Scène V de l'acte III du Dom Juan de Molière.
Et non seulement, ils la jouent, mais il la jouent bien.
Avec une vraie scénographie, avec un vrai travail de mise en scène au sein de ce wagon.
Ces deux individus font partie de la Compagnie des Rails, qui propose aux voyageurs ce genre d'intermède, original, drôle, salutaire, et qui permet de proposer à tous un moment de vraie culture dans un lieu où l'on ne s'y attendrait pas forcément...
Je voulais absolument vous raconter cette immersion Molièro-ferroviaire, et vous faire rencontrer au moins par le biais de ce fenestron électronique ces comédiens originaux, en attendant qu'au hasard de vos pérégrinations, vous puissiez les écouter, les applaudir (et les aider...) de visu.
M. Pépy, vous qui présidez (je le rappelle) à la destinée de la SNCF, moi, à votre place, je les embaucherais sur le champ, ces deux comédiens-là.
Ils deviendraient en quelque sorte un service d'utilité publique au sein d'un autre !

(c) Photo Y.P.

(c) Photo Y.P.

La Compagnie des Rails a cinq ans d'existence.
Voici ce à quoi ça ressemblait en 2012 !

Publié dans Rencontre

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