George Dandin suivi de la Jalousie du Barbouillé

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P.

(c) Photo Y.P.

Morgué ! Testigué !

Maître Pierre, en décidant d'ajouter (et de quelle façon ! ) cette « Jalousie du Barbouillé » à votre mise en scène créée l'an passée du « George Dandin », vous ne pouviez avoir meilleure idée !

Mais avant d'évoquer la version 2016 de cette pièce que Roger Planchon qualifiait de « plus grande et plus forte comédie sociale française », un « petit » flashback s'impose.

1668. Ce qui ne nous rajeunit pas.
Le roi soleil N° XIV commande à Monsieur Molière une nouvelle œuvre pour le divertissement royal de juillet.
Poquelin s'exécute et va produire un « George Dandin », une sorte d'auto-remake, comme on dirait de nous jours, de ce qu'il avait écrit vingt ans auparavant.

Il propose au roi et à la cour sa vision d'un problème sociétal, comme il sait si bien le faire.
En échange d'un titre, un riche paysan a épousé une fille de noble famille que la fortune de l'époux a servi à remettre à flot.

Et voici donc un jeu à somme nulle.
Dandin (le formidable Jérôme Pouly, tour à tour drôle, émouvant, tragique...) est un magistral, malheureux et parfois pathétique cocu.

Son épouse (Claire de la Rüe du Can également épatante) quant à elle, ayant été « vendue » à cet homme, le trompe en ayant conscience qu'elle ne pourra jamais être libérée du lien conjugal : les parents De Sottenville veillent ! (Catherine Sauval et Alain Lenglet excellents comme à l'accoutumée.)

Tous malheureux ! Pas de gagnant, pas de perdant !

Hervé Pierre a choisi de transposer l'intrigue sous le troisième empire, ce qui renforce évidemment le caractère intemporel de la situation.

Il a également opté pour un magnifique décor tout en bois, (signé par le désormais patron de la Maison, Eric Ruf) en pleine forêt.
Une sorte d'isba à ciel ouvert, permettant une ode à la nature paysanne.
Le tout donnant un caractère très organique à la pièce.

Pierre sait diriger ses petits camarades : précision, justesse, rigueur. Il sait ce qu'il peut obtenir d'eux.
Et l'obtient.

Mais la véritable trouvaille de la soirée arrive : l'enchaînement sans un tomber de rideau, sans un noir, des deux pièces.
La farce peut vraiment commencer. Le metteur en scène s'en est donné à cœur joie : il s'est emparé de cette « Jalousie du Barbouillé » avec une force, une puissance, et un certain délire qui ne peuvent que nous enthousiasmer.

Il est même allé jusqu'à la moderniser en ajoutant au texte des répliques, des jeux de mots, des emprunts au lexique actuel.
Il a demandé aux comédiens de se lâcher, et ils ne se le sont pas fait dire deux fois : accents improbables, grimaces, tics nerveux, gesticulations, agitations en tous genres, j'en passe et des meilleures !

Et puis surtout, ce qui est rarissime, à la Comédie Française (et pour cause...), le public est pris à partie par les comédiens, les spectateurs sont apostrophés, on leur demande de participer, de répondre.
Le répertoire traditionnel ne permet pas ce genre de mécanique.
On hurle de rire devant ce véritable déchaînement, notamment grâce au fabuleux Noam Morgensztern, et à une composition énorme de Pierre Hancisse !

Je me garderai bien d'oublier un grand !
Un grand comédien, un grand sociétaire honoraire, Simon Eine, qui est encore cette saison sur scène, avec beaucoup plus de texte.
C'est un plaisir et une émotion incroyables de le retrouver !

Simon Eine - (c) Photo Y.P.

Simon Eine - (c) Photo Y.P.

C'est donc une soirée vraiment formidable, avec pourtant (en tout cas pour votre serviteur) un regret : celui de ne pas avoir pu retrouver Pauline Méreuze, qui a été obligée de quitter le Français, et qui avait créé de puissante façon en 2015 le personnage de la servante Claudine.
Que voulez-vous : quand on est pensionnaire au Français, on ne fait pas toujours ce que l'on veut...

Bon. Soyons clairs !
Hervé Pierre, j'attends avec impatience votre prochaine mise en scène.
Monsieur Ruf, je compte sur vous, merci d'avance !

---------

Jusqu'au 26 juin prochain.
Pour réserver,
c'est ici !

George Dandin suivi de la Jalousie du Barbouillé

Publié dans Critique

Commenter cet article