Der Rosenkavalier

Publié le par Yves POEY

Der Rosenkavalier

Maréchale (oui oui, avec un e, pas de méprise....), nous voilà !


C'est à la générale de ce Chevalier à la Rose, composé par Richard Stauss en 1911, ce qui ne nous rajeunit pas, que votre serviteur était invité vendredi soir dernier.
Cette nouvelle production de l'Opéra-Bastille débutera en effet dès demain lundi.


Je ne tournerai pas autour du pot : ce fut pour moi un enchantement, une réussite et au final quatre heures merveilleuses.

Mais développons un peu....

Il faut le reconnaître, le livret d'Hugo von Hofmannsthal est assez simple et tourne autour d'un quatuor très typé :

- Une cougar (La maréchale). Le mot n'est pas pas prononcé, on s'en douterait, mais appelons un chat un chat, c'est une cougar. Elle l'assume, et en est en même temps un peu effrayée. Le temps passe à une de ces vitesses, ma brave dame...
- Un p'tit jeune, Octavian (« pris en main » par la cougar sus-nommée qui l'appelle dans l'intimité "Quinquin".)

- Un barbon libidineux à souhait en culotte de peau baravoise du meilleur effet.
- Une jeune fille bien sous tous rapports, Sophie, aux prises avec bien des malheurs, mais cependant dans une immaculée robe à crinoline.

La cougar envoie son chéri Octavian présenter à Sophie son futur époux, le barbon, au moyen d'une rose en argent. (On savait vivre, en c'temps-là !).
Ce qui devait arriver arrive : Octavian veut se la garder pour lui, le Barbon en sera pour ses frais, et la Maréchale n'aura plus qu'à donner sa bénédiction au petit couple qui va débuter dans la vie.
(On l'aura compris, c'est quand même une cougar au grand coeur...)

Plus sérieusement, les quatre interprètes de ces personnages sont tous excellentissimes.
Commençons par les filles.

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Michaëla Kaune, soprano, campe une Maréchale altière, passionnée et au final très humaine.
Comme dirait ma nièce, elle a assuré grave. Elle a la lourde tâche de débuter la partition chantée.

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Daniela Sindram, mezzo-soprano, incarne Octavian. C'est en effet un rôle masculin qui doit être interptété par une mezzo.
Et quelle mezzo ! C'est elle qui m'a le plus enchanté...

Sa voix, tour à tour puissante, suave, claire, rauque, m'a plusieurs fois donné la chair de poule. Daniela nous fait réellement vibrer ! Elle ne cherche pas à en rajouter dans le côté "viril".
Elle est parfaite, en somme.

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Erin Morley colorature : l'américaine monte haut, très haut, avec un timbre chaud et puissant. De plus, elle joue très bien la comédie.

Der Rosenkavalier

Et puis enfin, la basse Peter Rose: il est drôlissime en Lederhose et emperruqué à la John Goodman dans « The big Lebowki ».

On rit beaucoup à chacune de ses interventions. Pourtant, il n'est jamais dans l'outrance.
La puissance de sa voix grave, très grave, très très grave nous prend en permanence aux tripes !
Dans le célèbre air "Wird komment über Nacht", il excelle véritablement !

La mise en scène de Herbert Wernicke (décédé en 2002) est efficace, précise, sophistiquée. Elle avait été créée pour Salzbourg.
Sophistiquée, mais pas prétentieuse, pas tape-à-l'oeil. On sent les chanteurs à l'aise, dans cette scénographie
Il se passe toujours quelque chose sur scène dans les magnifiques décors qu'il avait d'ailleurs lui même élaborés.
Il avait choisi d'immenses miroirs amovibles, qui reflètent on ne sait trop comment d'ailleurs, de belles boiseries des années folles, des intérieurs grandioses d'un palais viennois, ou bien, à la fin du troisième acte, une forêt autrichienne.
Saisissant et beau à la fois.
Ces miroirs, à la toute fin, se retourneront vers nous, nous reflétant, nous le public, au moment où les deux amoureux savent « qu'ils vont conclure »....
Wernicke l'avait décrit, cet instant-là, en changeant la rose d'argent en rose rouge.
L'effet est sublime.

Der Rosenkavalier
Der Rosenkavalier
Photos de répétition.

Photos de répétition.

Et puis, bien entendu, last but nos least : Philippe Jordan à la baguette.
Désormais directeur musical de l'Opéra national de Paris, il dirige une nouvelle fois ses troupes d'une main de maître.
Il sait faire rugir comme personne son orchestre, prenant à bras le corps ses masses sonores.

C'est vraiment l'impression que j'ai eue, ce rapport physique avec la partition et les musiciens.
Pour autant, il sait donner toute sa place aux instruments qui développent les thèmes. J'ai énormément apprécié la mise en valeur des hautbois lors du thème de la rose d'argent. Idem pour la clarinette basse au premier acte.
Il fait prendre à cette formule 1 musicale des accents tour à tour déchirants, doux, tragiques, forcenés, même parfois violents.
On comprend que Wagner soit son compositeur de prédilection...
Pour l'anecdote, le voir monter sur le plateau saluer au final en jean couleur moutarde et en Van's aux pieds est un grand moment. Il peut donc porter autre chose que le frac. Nous sommes rassurés...

Der Rosenkavalier

Ce soir-là, le public de cette générale n'a pas ménagé ses applaudissements et ses rappels.
C'est un signe de très bon augure pour la carrière parisienne de ce « Chevalier à la rose » !
Oui, quelle soirée !
Ach ! Die Gemütlichkeit !

Publié dans Opéra

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Lemierre Jean-Louis 08/09/2016 15:06

Il faut absolument inciter les spectateurs à attendre la fin de la toute dernière note pour applaudir à la fin du 3è acte, c'est si beau...

Lemierre Jeran-Louis 09/09/2016 09:46

Merci
voilà ce que j'ai écrit sur un autre site
Mais comment faire pour convaincre ?...

Mais pourquoi, diable, les gens applaudissent-ils avant la fin de la dernière note ? C’est si beau à écouter religieusement !
La 1ère fois que je suis allé voir Le Chevalier, au Châtelet, au début des années 90, avant le début du 3è acte, un spectateur a incité la salle à attendre la dernière note pour applaudir. J’étais surpris de son initiative. (Détail : Pierre Boulez était au 1er rang du 1er balcon…).
La 2è fois que j’ai vu Le Chevalier c’était à Bastille avec Renée Fleming… (vous savez qu’elle clôturera sa carrière avec le Chevalier au MET en septembre 2017…).
Et là, surprise, les gens applaudissent pendant les dernières notes ! incroyable !
Alors quand je suis retourné au printemps à Bastille, j’ai fait comme le spectateur du Châtelet. Des gens m’ont discrètement applaudi ! Mais beaucoup de gens n’ont pas pu se retenir d’applaudir avant la dernière note. Quel dommage !

Yves POEY 08/09/2016 19:25

Oui, vous avez tout à fait raison !