Célimène et le cardinal

Publié le par Yves POEY

Célimène et le cardinal
Cé, cé, cé, Célimène.....

Non, Célimène n'avait pas pris une retraite bien méritée aux Antilles chez David Martial.
Pas du tout.

Célimène a épousé un bourgeois, Luc, commerçant également doué une sanguine à la main. (Nous y reviendrons...)

Quant à Alceste, le Misanthrope, lui, est entré dans les ordres.
Mais attention. Quand on est Alceste, on ne devient pas curé de campagne qui écrit son journal.
Non. On bosse comme un forcené, et on endosse la pourpre cardinalice..

Pendant 1h30, c'est aux retrouvailles des deux ex-amants (au sens du XVIIème siècle, s'entend) que le texte en alexandrins de Jacques Rampal nous fait assister.
Car ils se sont séparés voici vingt ans.

Si ces deux-là commencent par évoquer le bon vieux temps, les anciens amis, Philinte, Arsinoë, etc, la tension monte crescendo, et le malaise s'installe.

On comprend rapidement les motifs de la soudaine venue de l'homme d'église.
Il veut à tout prix confesser Célimène et devenir son directeur de conscience.
Bien entendu, on imagine le motif : il est encore transi d'amour, et n'ose toujours pas déclarer sa flamme...

Je ne dévoilerai pas la fin de la pièce, vous n'avez qu'à vous rendre, si ce n'est déjà fait, à la Comédie Bastille, vous avez jusqu'à fin juin.

Durant ces quatre-vingt dix minutes, si l'émotion est souvent palpable, à de nombreux moments, on rit de bon coeur.
Les passages avec le carnet de sanguines dénudées de Célimène évoquées plus haut sont drôlissimes.

Mais c'est également une pièce rappelant toutes les hypocrisies, religieuses, sociétales de ce XVIIème siècle finissant.
La maîtresse de maison est parfaitement lucide sur sa condition de femme devant être soumise, obéissante, pieuse, et a en main toutes les cartes pour s'en extraire.
Elle parvient à profondément choquer l'homme en rouge, et parfois à le faire douter.
Car lui, bien entendu, incarne l'ordre moral, pour reprendre une expression très en vogue.

La pièce de Jacques Rampal date de 1992, et fonctionne toujours aussi bien.
J'avais d'ailleurs eu la chance de la voir en 1996, avec deux monstres sacrés : Danièle Lebrun, qui n'était pas encore pensionnaire au Français, et Jean-Claude Drouot, qui avait délaissé depuis longtemps ses collants de Thierry La Fronde.

En, 2016, c'est Pascal Faber qui met en scène Gaëlle Billaut-Dano et Pierre Azema.
Une mise en scène qui va à l'essentiel, servant au mieux le texte et les intentions de l'auteur : la joute verbale entre les deux ex-amants fonctionne à merveille.

Les deux comédiens sont excellents. Ils se sont parfaitement appropriés ces alexandrins, et sont tour à tour émouvants, drôles. Les moments assez « violents » sont parfaitement crédibles.
De plus, lui est formidable dans ses moments de « double take ».

Cette version de ce "classique écrit à l'époque moderne" est vraiment un beau moment de théâtre. Ne le manquez pas.
Je me répète : vous avez jusqu'à fin juin.
Célimène et le cardinal
L'affiche de 1996...... Que de souvenirs......

L'affiche de 1996...... Que de souvenirs......

Publié dans Critique

Commenter cet article