Alexandrins au Château (Acte VI)

Publié le par Yves POEY

François IV Monarque du Royaume de France, au cépuscule, constatant que tout va mieux. (Huile sur toile) -

François IV Monarque du Royaume de France, au cépuscule, constatant que tout va mieux. (Huile sur toile) -

Alors que le petit monde de la Balle aux Pieds (Gladiateurs comme supporters) était en émoi (c'était ici), François IV, le Monarque du Royaume de France, était heureux.
Heureux comme seuls les Monarques heureux peuvent être heureux lorsqu'ils ont vraiment décidés d'être heureux !
Pour lui, tout allait mieux.

Alexandrins au Château (Acte VI)

Personnages

 

François IV, Monarque du Royaume de France. Une irrésistible vague d'optimisme et de félicité s'est abattue sur lui, peut-être en raison de son espérance d'hypothétique renouvellement de son quinquennat.

Julie, Favorite du Monarque, révélée par un photopersécuteur qui surprit le Prince casqué de neuf lui apportant au petit matin les croissants. (A Julie, pas au photopersécuteur...)

Manuel, Co-Adjuteur du Royaume, le menton en avant, revêtu fièrement du costume de toréador, fort prisé au pays dans lequel ses aïeux avaient naguère élu domicile.

 

Prologue


Le choeur

 

Cent hommes et femmes en loques, nu-pieds. Ils ont faim. Ils désespèrent.

 

Malheur ! Sur le Royaume elles s'abattaient en force,

Toutes ces catastrophes !... Du Cantal à la Corse !
Ah ! Ce vil mois de mai, redouté du pouvoir,

N'en finissait donc pas. Comme on broyait du noir !
Depuis quelques jours, que de mauvais auspices...

Et de plus, il pleuvait comme vache qui pisse.
Mais pour le Souverain, c'était donc évident,

L'espérance régnait, point de sons discordants.
Il débordait de joie, disait droit dans les yeux

A Royaume, en France, tout allait beaucoup mieux.
Mais entendez le Prince, tout à ses doux plaisirs.

Il a fait appeler son fidèle vizir.

 

Scène 1

 

Le bureau du Prince, au Château.

 

François IV

 

D'une voix guillerette, enjouée. Il est heureux.

 

Ah ! Mon bon Manuel ! Connais-tu cette ivresse ?
Sens-tu sur le pays ce beau vent d'allégresse ?
Ô mon fier vassal, je te sais très sérieux,

Reconnais avec moi : or donc, mais ça va mieux !

 

Manuel

 

peu convaincu

 

Certes, mon noble Prince. Mais reconnais quand même

Que vers le Pôle-Emploi, on ne dit pas de même.

C'est qu'il faut l'avouer : la courbe du chômage

Ne veut pas s'inverser ! Ah là là ! Quel dommage !
 

François IV

 

Qui n'en démord pas.

 

Point ne faut s'arrêter à ce petit détail.

Nous allons la gagner, de l'emploi la bataille.
J'en suis convaincu, cher ministre obséquieux.
Je le dis haut et fort : or donc, mais ça va mieux !

 

Manuel

 

Le sourcil et le regard également noirs

 

Je ne le nie pas, puissant Souverain.

Mais je pense aux voitures, aux motos tout-terrain...
De nos raffineries, le peuple en nombreux rangs

Bloque toutes les portes, adieu carburant !
 

François IV

 

Inébranlable

 

Tu n'as rien compris ! Comme dit Mishima,

Si l'on ne roule plus, c'est bon pour le climat !
Mais je la vois venir, en rose camaïeu...
Julie, à toi de dire : « Or donc, mais ça va mieux » !

 

Scène 2

 

Les mêmes plus Julie.

 

Julie

 

En déshabillé rose, un croissant dans la main. Il est encore tôt.

 

De loin, vous entendis, mon François et Manu.
Et je vous le confirme : ah ! Je tombe des nues !

Mais c'est une évidence, à vous tous, je m'adresse :

La situation, mais comme elle se redresse !
Je vais prendre un exemple, qu'on ne peut contredire.
La Vérité que nul ne se doit d'affadir.
Encore tout récemment, oui, la France a brillé.
Les autres nations ont dû se rhabiller.

Si j'en crois l'habitude, en fin de classement,
Il fallait nous chercher, carcasse et fondement !

A sixième place, l'on prend position,

A ce très beau Tournoi de l'Eurovision !
 

Elle sort en chantant « Comme un enfant, aux yeux de lumière, qui voit passer au loin les oiseaux, etc, etc.... »
 

François IV

 

Les yeux humides, ravi de la démonstration de sa compagne.

 

Ô mon fier Ministre, il est doux mon transport !
Son discours me ravit, comme une joue de porc.

Enfin, vas-tu l'admettre ? Ouvre donc tes grands yeux !
Dans notre beau royaume, or donc, mais ça va mieux !

 

Ils sortent tous les deux.

 

Scène 3

 

Le choeur

 

Même tenue qu'au prologue .

 

Que répondre à cela... Singulier truisme !
Qu'il est donc étonnant ce bel optimisme !
Aucune vilenie ne semble l'affecter

En toute circonstance il est décontracté...

Le Prince a décidé, tel Emmanuel Todd,

(Toujours très en forme) d'appliquer sa méthode.

Voulait-il imiter, dans son château de cartes,

La belle méthode du bon René Descartes ?
Non ! Sans qu'au pilori, il faille le clouer,

Ah ! Ce serait plutôt, celle du Docteur Coué !
 

 

A suivre......

La Favorite Julie enlevant une miette de croissant restée dans la barbe naissante et pas encore rasée de François IV (Huile sur panneau de bois) -

La Favorite Julie enlevant une miette de croissant restée dans la barbe naissante et pas encore rasée de François IV (Huile sur panneau de bois) -

Publié dans Tragédie

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Anne 25/05/2016 08:22

Désolée, mais beaucoup de ces alexandrins sont bancals et font 13 pieds, puisque un -e final devant consonne du mot suivant doit être prononcé... C'est le cas du premier, et de celui de votre première commentatrice.
De plus, en métrique classique, on ne peut avoir un e muet prononcé au sixième pied.
Ce n'est pas si facile d'écrire en alexandrins!

Yves POEY 25/05/2016 09:34

Certes, mais dans le premier alexandrin, le -e final est devant une voyelle et ne doit pas se prononcer....
(Leçon récente de Cécile Brune....)

Et puis mon but est avant tout de parodier la tragédie classique.... :D

En tout cas merci de votre intérêt porté à mes âneries.

So-An Else 25/05/2016 07:55

Le bon roy François IV abuse de l'EUPHYTOSE !
(12 pieds aussi, nananère)

Yves POEY 25/05/2016 09:35

Des tubes entiers ! :D