Alexandrins au Château (Acte IV)

Publié le par Yves POEY

Maître Pierre, le patron de la Guilde des Patrons, reçu en audience chez Manuel, le Co-adjuteur du Royaume de France (Huile sur toile) -

Maître Pierre, le patron de la Guilde des Patrons, reçu en audience chez Manuel, le Co-adjuteur du Royaume de France (Huile sur toile) -

Alors qu'Outre-Atlantique les deux prétendants au trône, Hillary et Donald, s'affrontaient sauvagement (c'était ici), au Royaume de France, un mot, un seul occupait l'opinion.
Ce mot était-il "Amour", "Espoir", "Liberté", "Bonheur" ou bien encore "Solidarité" ?
Que non pas !
il s'agissait d'un mot beaucoup moins porteur, reconnaissons-le, de félicités en tous genres...
Je veux bien entendu parler du mot "Travail".

Le siège social de la Guilde des Patrons

Le siège social de la Guilde des Patrons

Personnages

 

Maître Pierre, patron de la Guilde des Patrons. Homme secret et puissant, ayant ses entrées jusque chez François IV, monarque du Royaume de France.

Manuel, co-adjuteur du Royaume, en costume de matador, le menton toujours en avant, l'oeil noir.

Myriam, ministre des travailleurs de moins en moins nombreux et des chômeurs inversement proportionnels en nombre.

 

Prologue


L'aède

 

Un jeune homme tout juste sorti de l'enfance, une lyre à la main.
Il est habillé d'une courte jupette immaculée.

 

A les entendre tous, la France était perdue.

Dans le mur allait-on, pouilleux et loquedus.

Le chômage gonflait, de l'aube à l'angelus,

Mais l'on nous serinait, « chacun doit bosser plus ! »

De ce beau postulat, non pas Tartempion,

Un homme un peu voûté était le champion.
Il n'était pas très grand, un mètre vingt et huit,

Mais possédait pourtant l'âme d'un Jésuite.
Ras était le cheveu, aujourd'hui comme hier,

Impeccablement mis, il s'appelait Pierre.
Tout comme son papa, abhorrant les pattes d'èph,

D'une main d'acier dirigeait le MEDEF.

C'était une assemblée qu'on disait redoutable

Influente et secrète, constituée de notables.

Pour tous ces dirigeants, je le dis sans surprise,

Credo, Confiteor, un seul mot : l'en-tre-prise !
En un mot comme en cent, homme non pas poltron,

On le connaissait comme « Le Patron des Patrons ».

Fort de toutes ses troupes, laissant sa tour d'ivoire,

L'hôte de Matignon, il était allé voir.

 

Il sort .

 

Scène 1

Le château de Matignon, demeure du Co-adjuteur Manuel.

 

Maître Pierre

d'une voix mielleuse à souhait

 

Dis-moi, bon Manuel, de Toul jusqu'à Fécamp,

Je le dis sans détour, la France fout le camp !
J'ai dans ma sacoche des propositions.
Il est temps de prendre des dispositions !

 

Manuel

A voix basse, de peur d'être entendu par les huissiers de Matignon

 

Mais c'est que voyez-vous, ô leader libéral,
J'ai les mains attachées, (Dieu sait si je râle...)
Je dois vous rappeler, c'est fort surréaliste,

On m'a dit que j'étais un pur socialiste !
 

Myriam

Ne pouvant taire sa surprise

 

Ca alors, mon bon maître, je me tape les fesses !
Arborez-vous toujours l'étiquette PS ?

Je reprends à mon compte ce que pensait Eddy,

Je parle de Mitchell, celui que « Schmoll » on dit.

Si vous êtes de gauche, sacrebleu, purée !
C'est illico presto qu'il se faisait curé !

 

Manuel

La figure toute rouge, un peu comme Pépé dans Astérix en Hispanie

 

Il suffit ! Brisons là ! Assez de bouffon'ries !
Point ne veux écouter festival de Khomry !

 

Scène 2

 

Les mêmes

 

Maître Pierre

Il trépigne, il a horreur de perdre son temps qui vaut beaucoup d'argent.

 

Revenons sans tarder à mes solutions.

Auxquelles promulguerez ratification.

Il faut c'est évident rétablir le servage.
Pour notre économie redorer le visage.
Remettons à l'honneur, allez, il faut rêver,

(De mode elles sont passées) la taille et la corvée.

Les mines il faut rouvrir, et point ne m'en défends,
Il faut l'envisager, employons les enfants.
De leurs petites mains, pour le charbon sorti

Je vous le certifie, on peut tirer parti !

Quant aux trente-cinq heures, jamais on ne connut pire !
C'en est cent, deux cents qu'il nous faut accomplir.
Déclarons hors-la-loi, oui, j'en fais peu de cas,

Il faut les interdire, ces fourbes syndicats.

 

Myriam,

Les larmes aux yeux, tellement le discours du Patron des Patrons l'a séduite.

 

Oh ouiiiiiiiiiiiii, Maître Pierre ! Ah ! Vos solutions,

Je les prends à mon compte, mais que d'émotion !

J'irai même plus loin, si vous le permettez,
M'en vais vous proposer autre joyeuseté.
Je dissous Pôle-Emploi, qu'il est fort ce message...

Et de joie l'on criera « Disparu le chômage » !

 

Manuel

Soudain transporté d'aise. Il n'y avait pas pensé....

 

Myriam, je te le dis, c'est là bonne mesure.
Applique-la céans, non pas dans le futur.
En tout cas, c'est certain, sans aucune gourance,

Je vous le prophétise : revoici la croissance !

 

Ils sortent tous les trois, se congratulant.

 

Scène 3

 

L'aède

Même tenue qu'au prologue .

 

Ô bon peuple de France, ouvre donc tes oreilles !
L'état de ton pays semble fort sans pareil...
Oui, tant que vous pouvez, de vos congés payés

Profitez sans relâche ! On pourrait les rayer !
Quant à moi, c'est écrit, mon rôle est terminé.
Je ferme mon stylo, je suis déterminé.
Je vais me retirer, aller à Liliput,

A cette fin j'aspire, la vie n'est que dure lutte !

 

A suivre......

Myriam, ministre des travailleurs, annonçant au directeur de Pôle-Emploi son licenciement (Huile sur bois)

Myriam, ministre des travailleurs, annonçant au directeur de Pôle-Emploi son licenciement (Huile sur bois)

Publié dans Tragédie

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