Père

Publié le par Yves POEY

Père

Un "Père" et gagne !

Pour un coup d'essai, Arnaud Desplechin nous livre un coup de maître !

Sa première mise en scène, son "Père" de Strindberg, est une admirable et vraie réussite.

Le cinéaste a bien compris l'écrivain suédois : il faut beaucoup beaucoup beaucoup s'aimer ou être aimé pour se haïr tellement !
Car, dans ce combat violent entre un homme une femme, cristalisé autour de la question de la paternité, le metteur en scène a su montrer l'amour tout en faisant ressortir dans chacun des camps les motivations qui poussent à la tragique compétition entre les deux moitiés de ce terrible couple.

Desplechin va à l'essentiel et sa vision scénographique est imparable : oui, il s'agit bien d'une guerre des sexes, qui va conduire le capitaine et mari à la déchéance, à la folie.
Le couple Michel Vuillermoz - Anne Kessler est à cet égard épatant : elle et lui ont su, sans larmoyer ni hurler, pousser les arguments respectifs de leurs personnages.
Lui est admirable dans sa façon de jouer la plongée en enfer et la folie paranoïaque de ce mari militaire ; elle, parvient à nous communiquer la souffrance de son personnage et la volonté pour l'épouse de conquérir sa liberté.
Parfois même, Vuillermoz nous fait rire tellement il parvient à distiller l'énormité de ses arguments mysogines : mais ces rires cessent aussitôt que reprend l'âpre et inéluctable combat.

Il faut souligner les très belles et très douces lumières de Dominique Bruguière qui contribuent à renforcer l'atmosphère oppressante de ce drame.
Tout comme la musique et le son signés Philippe Cachia : de très longs accords dissonnants planent doucement durant pratiquement toute la pièce, conférant là-aussi une réelle impression de malaise.

Bon d'accord, pour son tour de chauffe sur le circuit théâtral, Desplechin pilote les acteurs-Formule 1 du Français !
Mais je crois qu'il peut se rassurer : je gage que cette première mise en scène sur les planches sera suivie de bien d'autres !

Publié dans Critique

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