Orphelins

Publié le par Yves POEY

Orphelins

L'Autre !
Le Différent, celui qu'on ne connaît pas mais que l'on juge néanmoins.
L'Exclu, qu'on violente parce qu'on ne veut pas apprendre à respecter.

Voilà en substance le thème de cette pièce de l'Anglais Dennis Kelly, un thème qui va déchirer au sens propre comme au sens figuré une famille bien blanche, habitant dans un quartier où vivent des Pakistanais musulmans immigrés.

Une drôle de famille.
Une famille très peu modèle.

Un mari, Danny (Sébastien Eveno) et le vrai couple fusionnel du trio : sa femme Helen (l'épatante Joséphine de Meaux) et le frère de celle-ci, Liam (Julien Honoré).

Un soir, Liam rentre le t-shirt ensanglanté : il a tenu, dit-il, un ado « paki »dans ses bras, victime d'une agression dans la rue.
Que faire ?

Tout au long des quatre actes, la tension va monter, les révélations et les coups de théâtre vont s'enchaîner pour aboutir à un véritable et violent chaos révélateur d'une société gangrénée par la haine et le racisme.

C'est la très grande qualité de la mise en scène de Chloé Dabert, qui, en tant qu'artiste associée au 104, n'en finit pas de nous enchanter : elle a su faire monter la sauce, elle a su exacerber les tensions tout au long de ce thriller psychologique, pour reprendre une classification théâtrale à la mode.

Elle a su tirer de ses trois comédiens le maximum.
Dans leur espèce de construction architecturale en fines lattes de bois, (ce qui permet d'avoir le public installé aux quatre côtés du plateau), ils sont parfaits !
Avec ce texte difficile, (coupures, césures, chevauchements...), ils nous procurent d'intenses émotions : on est effrayé par le discours sécuritaire (tiens, tiens, suivez mon regard...), on est horrifié de ce racisme larvé qui ne dit pas son nom, on est abasourdi par la violence qui se déchaîne !

Joséphine de Meaux, (qui interprétait la directrice d'école de la Palme d'Or à Cannes « Dheepan » de Jacques Audiard), qui arrive également à nous faire rire, un rire parfois un peu jaune au milieu de ce déferlement de passions néfastes, est totalement crédible en grande soeur qui cache ses blessures profondes afin de prendre soin et protéger coûte que coûte de son frère.

Un frangin interprété de façon formidable par Julien Honoré, faisant passer la perversion et la duplicité de son personnage de façon magistrale.
Quant à Sébastien Eveno, il est très juste en mari souvent dépassé par les événements, voulant à tout prix garder son libre-arbitre, mais devant finalement assumer l'inassumable.

Vous l'aurez compris, c'est un spectacle d'une force inouïe, maîtrisé de bout en bout par Chloé Dabert, une metteure en scène qu'il va falloir suivre attentivement.
Un spectacle d'une troublante actualité !
Un spectacle qu'il ne faut pas manquer !

Publié dans Critique

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